Jonathan Fille


Chapitre 1: Quelles sont les sources et les défis de la croissance économique

Chapitre 2: Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?

Chapitre 3: Comment est structurée la société française actuelle ?

Chapitre 4: Comment lutter contre le chômage ?

Chapitre 5: Quelles sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ?
Quizz 1
Quizz 2

Chapitre 6: Quels sont les fondements du commerce international et de l'internationalisation de la production ?


Chapitre 1 Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? 

1) Quels sont les facteurs de la croissance économique 

a) La mesure de la croissance économique 

On mesure le PIB (produit interieur brut), en faisant la somme des valeurs ajoutées crées par l'ensemble des entreprises d'un pays. 

Rappelons que la Valeur Ajoutée est la valeur ajoutée aux consommations intermédiaires lors de la production.
C'est la valeur crée par l'entreprise. 

Le P.I.B est un indicateur nous permettant d'évaluer la richesse produite par un pays. 

Plus cet indicateur est élevé, plus on peut supposer que ces richesses ruissellent, c'est à dire profitent aux différents acteurs économiques. 

En 2024, le PIB en Valeur est estimé à 2917,4 Milliards d'€ en Valeur et 2596 milliards en volume. (NB: voir la distinction PIB EN VALEUR / PIB EN VOLUME)

(Le PIB en volume est le PIB en valeur déflaté, c'est à dire dont on a enlevé l'incidence de l'inflation.) 

 

 Ajoutons que le P.I.B est un indicateur imparfait qui ne permet pas de mesurer les inégalités, qui ne peut intégrer l'ensemble des richesses crées (travail au noir) 

b) Le différents facteurs de la croissance économique 

On estime que pour produire, fabriquer, on nécessite 2 facteurs de production, à savoir le travail et le capital.
Le travail , c'est la quantité de travail, il peut s'exprimer en heures travaillées ou en travailleur.
Le capital, ce sont les biens durables qui servent à produire, on parle de machine ou d'outils. 

(On peut aussi entendre dans capital les moyens financiers mobilisés pour obtenir les machines , outils etc...)

 Ainsi, le travail et le capital, combinés ou non, permettent de produire.


On peut alors faire référence à la fonction de Cobb-Douglas y=f(K,L) 

Ici, la production y est fonction du capital et du travail (L: Labour)
Notons que l'on nomme aussi les facteurs de production les inputs et la production de biens et services les outputs.

Ainsi, l'augmentation des facteurs de production a pour effet d'augmenter la production.

Néanmoins la loi des rendements décroissants stipule qu'à un certain niveau de production, une augmentation supplémentaire de travail ou de capital a de moins en moins d'impacts sur la production.


La loi des rendements décroissants : Citons par exemple un agriculteur, il ne pourra indéfiniment ajouter des travailleurs sur son champ, sous peine de voir le millième agriculteur produire moins que le précédent. Ou encore l'exemple d'une usine automobile qui doublerait ses effectifs, le risque serait la désorganisation dans l'entreprise et donc la baisse de l'inefficacité et donc de la production. Ainsi, il ne suffit pas d'augmenter indéfiniment les facteurs de production pour générer de la croissance.


C'est d'ailleurs ce que stipulait l'économiste Robert Solow, indiquant qu'il demeurait dans le calcul de la croissance, un résidu, que l'on nommera le résidu de Solow. Ce résidu dans la croissance n'aura ni une explication dans l'accroissement du facteur travail ni dans l'accroissement du facteur capital 

c) Les sources de l'innovation et du progrès technique 

La part non expliquée de l'augmentation de la production est la productivité globale des facteursPGF, c'est ce que Solow appelle le résidu.
Pour Solow, la PGF augmente bien grâce au progrès technique, mais il n'explique pas l'origine de ce progrès technique, il est comme "tombé du ciel", il est extérieur au modèle.
Avant d'aller plus loin, rappelons que ce progrès technique est une amélioration des facteurs de production, c'est à dire que les facteurs travail n'ont pas augmenté en quantité (en volume) mais en "qualité", le TRAVAIL et le CAPITAL produisent mieux, ils sont optimisés grâce au progrès technique. 

On parle alors de croissance intensive, on produit plus car on a amélioré les facteurs de productions, alors que l'on parle de croissance extensive, lorsque l'on a augmenté la quantité de facteurs.

Pour revenir au progrès technique on considère que le progrès technique est la somme des innovations, ou du moins résulte des innovations. Et l'innovation est l'application d'une invention au processus productif.
On peut considérer que le téléphone portable est une innovation qui a permis une meilleur productivité des travailleurs indépendants, car ils n'avaient plus à faire d'aller-retours au travail pour savoir si on les avait appelé.  

 

 

c)les sources de l’innovation et du progrès technique

On s’aperçoit que ce « résidu » de Solow, que l’on nomme aussi la PGF (productivité globale des facteurs) est une mesure du progrès technique.

Ainsi, le progrès technique augmente l’efficacité des facteurs Capital et Travail, sans que leur volume augmente.

Le progrès technique 
est le résultat d’innovations, en d’autres termes, l’addition des innovations devient progrès technique.

(Rappelons que le progrès technique est le progrès des technologies, mais également de l’efficacité de leur usage et de l’organisation du processus de production)

 

 

2) Comment expliquer la dynamique de la croissance


    a)Un progrès endogène favorisant le caractere cumulatif de la croissance


Des économistes vont proposer l’idée d’une croissance endogène. En effet, Solow ne donne pas d’explication sur l’origine de la PGF et donc du progrès technique, pour lui elle est exogène, elle vient de l’extérieur mais il n’en donne pas d’explications.

Des Économistes vont proposer l’idée d’une croissance endogène, c’est-à-dire qui vient de l’intérieur, en opposition à la croissance exogène.

 

L’origine de la croissance endogène, viendrait de l’intérieur du pays, par l’accumulation de 4 types de capitaux que l’on accumulerait.

Ces capitaux sont alors porteurs d’externalités positives et la croissance devient alors un phénomène cumulatif. En effet, un pays connaissant une croissance soutenue pourra investir et innover davantage et connaitre une croissance futur élevée.

Capital Public:

Capital humain:

Capital technologique:


Conséquences sur la croissance future

Ces externalités écologiques pèsent aussi sur les perspectives de croissance à long terme :

Baisse de la productivité agricole à cause des sécheresses et de la dégradation des sols.

Coûts croissants liés aux catastrophes naturelles et aux dépenses de santé.

Investissements nécessaires pour réparer les dommages environnementaux (ex. traitement des déchets, dépollution).

Risque de ralentissement économique si les ressources essentielles (eau, énergies fossiles, biodiversité) deviennent trop rares ou trop chères.



c) Croissance soutenable

 

La courbe de Kuznets environnementale

 

La courbe de Kuznets environnementale illustre une relation en forme de U inversé entre le revenu par habitant et le niveau de pollution.

Dans un premier temps, au début du développement économique, la pollution augmente fortement.
Cela s’explique par l’industrialisation, le recours massif aux énergies fossiles et l’absence de régulations environnementales.

 Puis, à partir d’un certain seuil de richesse, les comportements changent.
Les citoyens exigent une meilleure qualité de vie et de santé, les pouvoirs publics adoptent des normes plus strictes et les entreprises investissent dans des technologies plus propres.

On observe alors une diminution progressive de certaines pollutions locales, comme le dioxyde de soufre ou les particules fines, dans plusieurs pays développés depuis les années 1980. Cependant, cette relation ne s’applique pas automatiquement à tous les types de polluants. Pour les gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique (CO₂, CH₄), la baisse ne dépend pas uniquement du niveau de revenu mais surtout des choix politiques et des innovations technologiques.

2. La soutenabilité faible

L’approche de la soutenabilité faible repose sur l’idée que les différentes formes de capital – naturel, humain, physique et technologique – sont substituables.
Cela signifie que les générations présentes peuvent consommer une partie du capital naturel, comme les ressources fossiles, à condition de transmettre en contrepartie davantage de capital artificiel, humain ou technologique.

Par exemple, la construction d’infrastructures modernes, le développement de nouvelles connaissances scientifiques ou la diffusion de procédés plus efficaces pourraient compenser l’épuisement d’une ressource naturelle. Dans cette perspective, combinée à la courbe de Kuznets, on peut penser qu’à mesure que la richesse augmente, les sociétés sont capables de réduire la pollution et d’améliorer la qualité de l’environnement grâce aux innovations et aux investissements.

Toutefois, cette approche optimiste comporte des limites. Elle suppose que toutes les dégradations environnementales peuvent être compensées, ce qui n’est pas toujours le cas. De plus, les gains d’efficacité peuvent être annulés par un effet rebond (on consomme davantage un bien rendu moins coûteux ou plus performant), ou encore par la délocalisation de la pollution dans les pays émergents.

3. La soutenabilité forte

L’approche de la soutenabilité forte remet en cause cette idée de substituabilité. Elle insiste sur le fait que certains éléments du capital naturel sont irremplaçables et assurent des fonctions vitales pour l’équilibre de la planète : le climat, la biodiversité, les océans, la régulation des cycles de l’air et de l’eau. Leur dégradation peut entraîner des phénomènes irréversibles, comme l’extinction d’espèces, la fonte des calottes glaciaires ou l’acidification des océans.

Dans ce cadre, il ne suffit pas de raisonner en termes de compensation. Il faut définir des seuils écologiques à ne pas franchir et préserver directement le capital naturel essentiel. Ainsi, même si la courbe de Kuznets laisse penser qu’un pays riche peut réduire certaines pollutions, la soutenabilité forte rappelle que certaines pertes ne sont pas récupérables et qu’il est nécessaire de protéger activement l’environnement pour les générations futures.



Chapitre 2: Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?

1) Quelles sont les étapes et les effets de l’intégration des économies européennes ?

a) Les principales étapes de l’intégration européenne

i. Les principaux effets de la construction européenne
ii. Les principales dates de la construction européenne
iii. Les étapes de l’intégration selon Béla Balassa
iiii. La construction européenne entre intégration et élargissement

b) Les avantages et les limites du marché unique

i. Pourquoi le marché unique favorise-t-il le commerce intérieur ?
ii. Le marché unique et son impact économique
iii. Les avantages du marché unique pour les ménages et les entreprises

c) Un marché hétérogène et inachevé

i. L’hétérogénéité du coût du travail
ii. Un marché unique sans harmonisation
iii. Des bénéfices contrastés
iiii. Une intégration des services au ralenti

d) La politique de concurrence accompagne le marché unique

i. Les objectifs de la politique de concurrence
ii. Une politique au service du consommateur
iii. Les missions de la DG Concurrence
iiii. Concurrence ou politique industrielle

2) Quelles sont les spécificités de la politique économique dans le cadre européen ?

a) Les conséquences du passage à l’euro sur la politique monétaire

i. Le traité fondateur de Maastricht
ii. Pourquoi instaurer une monnaie unique ?
iii. Une politique monétaire indépendante
iiii. Vers une politique monétaire unique

b) Les modalités et les effets de la politique monétaire de la BCE

i. Les conséquences de la baisse ou de la hausse des taux directeurs
ii. Les objectifs et les instruments de la politique monétaire
iii. La BCE a-t-elle atteint ses objectifs ?
iiii. Le pragmatisme de la BCE face à la crise de 2008 et à la pandémie

c) Des politiques budgétaires contraintes dans le cadre européen

i. Le lien entre déficit et dette publique
ii. L’action budgétaire sur la conjoncture
iii. Un budget européen restreint
iiii. Des politiques budgétaires encadrées

 

3) Quels sont les défis de la coordination européenne ?

a) Le policy mix européen face aux chocs asymétriques

i. Les écarts de compétitivité entre États membres
ii. Les causes institutionnelles de la divergence
iii. La divergence renforce la difficulté d’ajustement
iiii. L’ajustement à un choc asymétrique

b) Un nécessaire approfondissement de la gouvernance économique

i. Vers une plus forte intégration depuis la crise ?
ii. Vers une union budgétaire ?
iii. La gouvernance européenne à l’épreuve du Covid



CHAPITRE 2: Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?

L’Union européenne (UE) est aujourd’hui un espace économique unique au monde : 27 pays, près de 450 millions d’habitants, une monnaie commune, un marché intégré, et un cadre institutionnel de plus en plus dense.
Mais si l’UE a profondément transformé les économies de ses membres, elle pose aussi de nombreuses questions : comment concilier une politique monétaire unique et des politiques budgétaires nationales ? Comment maintenir la concurrence tout en soutenant les entreprises européennes face à la mondialisation ? Et comment coordonner les politiques économiques dans un espace aussi hétérogène ?

1) Quelles sont les étapes et les effets de l’intégration des économies européennes ?

a) Les principales étapes de l’intégration européenne

i. Les principaux effets de la construction européenne

La construction européenne a favorisé la paix et la stabilité économique sur le continent après les guerres du XXᵉ siècle.
Sur le plan économique, elle a permis une intégration croissante des marchés : les biens, les services, les capitaux et les personnes circulent de plus en plus librement.
Cela a entraîné une hausse des échanges commerciaux intra-européens, une augmentation des investissements directs étrangers, et une convergence partielle des niveaux de vie.

Mais cette intégration s’accompagne aussi de contraintes : les États ont perdu une partie de leur autonomie en matière monétaire et budgétaire, et les écarts économiques entre pays restent importants.

ii. Les principales dates de la construction européenne

iii. Les étapes de l’intégration selon Béla Balassa

L’économiste hongrois Béla Balassa distingue cinq stades d’intégration économique :

  1. Zone de libre-échange : suppression des droits de douane (CEE dès 1968).
  2. Union douanière : tarif extérieur commun face aux pays tiers.
  3. Marché commun : libre circulation des biens, services, capitaux et personnes.
  4. Union économique : coordination des politiques économiques.
  5. Union économique et monétaire (UEM) : adoption d’une monnaie unique et d’une politique monétaire commune.

L’Union européenne a atteint le cinquième stade, mais reste incomplète, car il n’existe pas encore de véritable union budgétaire et fiscale.

iiii. La construction européenne entre intégration et élargissement

La construction européenne s’est faite à la fois en profondeur et en largeur.

Cet élargissement a consolidé la paix et l’influence de l’UE, mais il a aussi accentué les divergences économiques et sociales, rendant la coordination plus difficile.

b) Les avantages et les limites du marché unique

i. Pourquoi le marché unique favorise-t-il le commerce intérieur ?

Le marché unique, instauré en 1993, supprime les barrières douanières, techniques et administratives entre les États.
Les entreprises peuvent désormais vendre dans toute l’Europe sans entraves majeures, tandis que les consommateurs ont accès à un choix élargi.
Cette intégration favorise la spécialisation des pays selon leurs avantages comparatifs (par exemple, l’Allemagne dans l’industrie, la France dans l’aéronautique ou l’agroalimentaire).


ii. Le marché unique et son impact économique

Le marché unique a permis d’augmenter la concurrence, d’améliorer l’efficacité des entreprises et de stimuler la croissance.
Selon la Commission européenne, il aurait contribué à une hausse du PIB européen d’environ 9 % depuis sa création.
Les entreprises profitent d’un espace plus vaste pour se développer et réaliser des économies d’échelle, tandis que la concurrence incite à l’innovation et à la baisse des prix.

Mais la concurrence est parfois trop forte : les entreprises les moins compétitives disparaissent, et certaines régions industrielles ont été affaiblies par la libéralisation des échanges.

iii. Les avantages du marché unique pour les ménages et les entreprises

Pour les ménages :

Pour les entreprises :

Mais la pression concurrentielle a aussi accru les inégalités régionales et fragilisé certains secteurs.

c) Un marché hétérogène et inachevé

i. L’hétérogénéité du coût du travail

Les écarts de coût du travail sont considérables : plus de 40 euros de l’heure en France ou en Allemagne, contre 7 à 10 euros dans certains pays d’Europe de l’Est.
Ces différences encouragent les délocalisations et créent un phénomène de dumping social, certains pays attirant les entreprises grâce à une main-d’œuvre moins coûteuse.




ii. Un marché unique sans harmonisation

L’absence d’harmonisation fiscale et sociale crée une concurrence interne.
Les États cherchent à attirer les entreprises par des taux d’imposition faibles (comme l’Irlande à 12,5 % d’impôt sur les sociétés), ce qui réduit les recettes publiques et limite les marges budgétaires.
On parle de Dumping Fiscal.

 

Taux d’imposition légal combiné sur les bénéfices des sociétés dans les pays européens membres de l’OCDE, en 2022

 

iii. Des bénéfices contrastés

Les pays du Nord et du centre de l’Europe, plus compétitifs, tirent davantage profit du marché unique.
Les pays du Sud (Grèce, Espagne, Italie) ont connu des difficultés de croissance, accentuées par la crise de la dette.

iiii. Une intégration des services au ralenti

Le marché unique des biens fonctionne bien, mais celui des services reste fragmenté :
les normes, les diplômes et les réglementations nationales freinent encore la libre circulation dans ce secteur pourtant essentiel.

 

PIB/Habitant en 2022

 

 

 

 

 

d) La politique de concurrence accompagne le marché unique







i. Les objectifs de la politique de concurrence

La Commission européenne, via la Direction générale de la concurrence , veille à ce que la concurrence reste libre et loyale.
Elle sanctionne les abus de position dominante (Google, Microsoft, Intel, Qualcomm), interdit les ententes et contrôle les aides d’État.

ii. Une politique au service du consommateur

L’objectif est de protéger les consommateurs et de garantir que les entreprises innovent et baissent leurs prix plutôt que de s’entendre.

iii. Les missions de la DG Concurrence de la commission européenne

Stimuler l’efficience économique, en assurant le contrôle préalable des opérations de concentration.

Assurer le bien-être des consommateurs en surveillant les comportements et pratiques anticoncurrentielles (les ententes illicites et les abus de position dominante)

iiii. Concurrence ou politique industrielle ?

La rigueur de la Commission européenne suscite un débat : faut-il continuer à privilégier la concurrence, ou développer une politique industrielle européenne capable de rivaliser avec les États-Unis et la Chine ?
Le rejet de la fusion Alstom–Siemens en 2019 illustre ce dilemme : protéger la concurrence à court terme, ou bâtir des champions industriels à long terme ? ...

 



Définitions à retenir: 

Echanges intra-européens:  Les échanges commerciaux entre pays européens. 26% du PIB de l'U.E vient du commerce intra-européens en 2022.


I.D.E:  Investissements Direct à l'étranger, ce sont les capiutaux qu'une entreprise d'un pays place durablement dans une entreprise étrangère, afin d'exercer une influence sur sa gestion.

(Exemple; une entreprise américaine qui rachète 30% d'une société française)


Convergence des niveaux de vie: Le fait pour l'ensemble des pays de l'UE de partager un marché commun va faire à terme converger les niveaux de vie.
Exemple; Si les travailleurs polonais peuvent postuler au même emploi que des travailleurs français (mobilité des facteurs de production (travail)), alors le niveau de vie des polonais rattrapera celui des français

Marché commun: C'est un espace économique dans lequel; biens, services, capitaux et personnes circulent librement entre les pays membres. Mais chaque pays garde ses propres règles économiques et fiscales.
La C.E.E crée par le traité de Rome en 1957 visait à établir un marché commun entre les 6 pays fondateurs.



Marché unique: Il va plus loin que le marché commun; il supprime les frontières physiques, les obstacles techniques, fiscaux et réglementaires entre les pays. Les pays harmonisent leurs règles économiques , juridiques etc.
Exemple, l'entrée en vigueur en 1993 de l'Acte Unique Européen.

CaractéristiqueMarché communMarché uniqueExemple
Circulation des biens, services, capitaux, personnesOuiOui 
Harmonisation des règles Non OuiNormes CE / Normes alimentaires
Barrières techniques et réglementairesPrésentesSuppriméesDifférences dans règles d'étiquetage, Normes de sécurité phares voitures
ExempleCEE (1957)UE (1993) 


Avantages comparatifs: Un pays se spécialise là ou il est meilleur comparativement à un autre pays. Ou du moins là ou il est le moins mauvais.

Dumping Social: Pratique consistant à réduire les coûts salariaux et les protections sociales (salaires, durée du travail etc...) afin de rendre un pays plus compétitif.

Dumping Fiscal: Un Etat qui baisse fortement ses impôts ou ses taxes pour attirer les investissements étrangers.

À retenir

L’intégration européenne s’est faite par étapes, du marché commun à la monnaie unique.
Le marché unique stimule les échanges, la croissance et la concurrence, mais il reste inachevé et inégalement profitable.
La politique de concurrence joue un rôle clé dans la régulation du marché, même si elle fait débat face aux enjeux industriels mondiaux.

 

 Comment est structurée la société française actuelle ?

1)   Les caractéristiques de la structure sociale

 

Afin de comprendre comment est structurée, découpée, la société française, il convient d’abord de repérer les facteurs qui structurent et hiérarchisent l’espace social, c’est dire comprendre la stratification de la société, donc les inégalités dans l’accès aux ressources économiques et sociales.


a.    Comprendre la stratification sociale


La stratification sociale : définition, logiques, exemples


La stratification sociale désigne l’ensemble des systèmes de différenciation qui organisent une société en groupes hiérarchisés. Ces groupes se distinguent par la répartition inégale des ressources, des richesses, des droits, du prestige, mais aussi par la place occupée dans la structure sociale.


Autrement dit, toutes les sociétés ne placent pas les individus au même niveau : certaines personnes disposent de plus de pouvoir, de richesses ou de reconnaissance que d’autres. C’est ce qui crée des strates sociales, comparables à des “couches”.


La stratification sociale est le fait pour toute société, d’être composée de groupes sociaux différenciés et hiérarchisés, par leur accès inégal à des ressources.


Les principes qui régissent la stratification varient fortement selon les époques et les sociétés. On ne se hiérarchise pas de la même manière dans la France du XXIᵉ siècledans l’Inde traditionnelle, ou encore dans la société féodale du Moyen Âge.

 

Les critères de la stratification sociale 

 Cette stratification repose sur une multitude de critères qui vont être facteurs de hiérarchisation dans la société ;

Critères socio-économiques

Critères démographiques


Différents exemples et graphs

Revenus et P.C.S


Inégalités et revenus de patrimoine 

Courbe de Lorenz

Diplôme et P.C.S des parents


Genre et emploi


Inégalités face à l'école



Modes historiques de stratification


La division en classes sociales n’est qu’un mode possible d’organisation. On trouve aussi :

Le système des castes (ex : Inde traditionnelle)

  • Groupe social héréditaire, auquel on appartient dès la naissance.
  • Impossible ou presque d’en sortir → mobilité sociale très faible.
  • Chaque caste avait un métier, un rang, des règles de mariage.

Les ordres (France d’Ancien Régime)

  • Société divisée entre ClergéNoblesse et Tiers État.
  • Les privilèges dépendaient principalement de la naissance.
  • Mobilité possible mais rare → anoblissement par le roi, achat de charge.

Aujourd’hui, en France, la société est pensée plutôt en classes sociales, concept développé par Karl Marx (basé sur les rapports de production) et Max Weber (basé sur richesse + prestige + pouvoir).


La nomenclature PCS : un outil pour lire la stratification française


Pour analyser la société contemporaine, l’INSEE a créé la nomenclature des PCS (Professions et Catégories Socioprofessionnelles).
Elle classe les individus selon leur profession, car celle-ci synthétise plusieurs dimensions sociales (statut, revenu, diplôme, mode de vie).



b. L’évolution de la structure sociale


La structure sociale française a profondément évolué depuis les années 1950. Ces transformations s’expliquent surtout par les mutations économiques : mécanisation, hausse des qualifications, développement des services, élévation du niveau de vie…
En 70 ans, la France est passée d’une société rurale et ouvrière à une société majoritairement tertiaire et salariée.


Le mouvement de salarisation


Après 1945, la proportion de salariés augmente fortement.
Au début des Trente Glorieuses, une grande part des actifs était encore indépendante (agriculteurs, commerçants, artisans). Aujourd’hui, environ 9 actifs sur 10 sont salariés.



Pourquoi cette salarisation ?

  • Disparition progressive du travail agricole indépendant.
  • Concentration des entreprises → embauche de main-d’œuvre salariée.
  • Protection sociale plus avantageuse pour les salariés (sécurité sociale, chômage, retraite).

Exemple concret
1950 → un boulanger, un paysan, un chauffeur de taxi étaient souvent indépendants.
2025 → le chauffeur devient salarié d’Uber/Taxi-G7, le boulanger travaille en grande surface, l’agriculteur est minoritaire et fortement mécanisé.


Le déclin du secteur primaire et secondaire

  • Les progrès techniques (mécanisation des champs, machines-outils, automatisation) ont réduit le besoin de main-d’œuvre.
  • L’agriculture, qui représentait près de 30 % des actifs en 1950, en représente moins de 2 % aujourd’hui.
  • L’industrie a également perdu beaucoup d’emplois, notamment à partir des années 1980 (délocalisations, robotisation).

Exemples

  • La moissonneuse-batteuse permet à un agriculteur de faire le travail de 30 hommes en 1900.
  • Dans une usine automobile, des robots soudent et montent les châssis autrefois assemblés par des centaines d’ouvriers.

La tertiairisation de l’économie

La diminution des emplois agricoles et industriels s’est accompagnée d’une forte croissance des emplois du secteur tertiaire : services, commerce, santé, éducation, tourisme, administration, communication, numérique…

Aujourd’hui, plus des 3/4 des actifs travaillent dans les services.

Exemples

  • Développement des métiers de soins (infirmiers, aides-soignants) avec le vieillissement de la population.
  • Explosion des emplois dans le numérique (développeurs, designers, community managers).
  • Augmentation des postes dans l’enseignement, le marketing, la finance ou la logistique.

 

Hausse du niveau de vie et de consommation

Les Trente Glorieuses (1945-1975) ont vu une croissance très forte, ce qui a amélioré :

  • l’accès aux biens durable (voiture, téléviseur, électroménager),
  • le confort de vie (logement, chauffage, eau courante),
  • la demande en services (banques, assurances, loisirs, restauration).

Les individus consomment plus, voyagent plus, se divertissent davantage → cela crée encore plus d’emplois dans le tertiaire, ce qui boucle le processus.

 

Féminisation des emplois

 

Le début des années 60 marque un tournant dans l’histoire du travail des femmes ; le taux d’activité amorce une progression rapide. Ce process de féminisation de la population active correspond pour une large part à une extension de l’emploi salarié qui accompagne la tertiarisation de l’économie.

 

a.     Visibilisation de métiers auparavant non déclarées (assistantes maternelles), ou les femmes trtavaillaient déjà mais étaient sous la tutelle de leur mari, donc leur activité non visble statistiquement

b.     Tertiarisation de l’économie qui entraine la création de métiers majoritairement féminins (social, éducation, santé etc)

c.     Développement des modes de garde

d.     Contraception (contrôle des naissances)



2)    Comment les sociologues analysent-ils la structure sociale

a)   Les principales analyses théoriques de la structure sociale



Karl Marx : une structure sociale fondée sur la lutte de classes



Pour Marx, la société est structurée par le rapport aux moyens de production : ceux qui possèdent (bourgeoisie) dominent ceux qui ne possèdent pas (prolétaires). Il ne s’agit pas simplement d’une observation descriptive, mais d’un rapport d’opposition et de conflit.

Marx distingue deux stades dans l’existence d’une classe :


Notion

Définition

Exemple

Classe en soi (classe objective)

Groupe qui existe socialement par sa place dans la production, mais qui n’en a pas conscience

Les ouvriers au début du capitalisme : nombreux, exploités, mais isolés

Classe pour soi (classe consciente / mobilisée)

Groupe qui prend conscience de ses intérêts communs et lutte collectivement

Syndicats, mouvements ouvriers, grèves, révolutions


La classe existe d’abord en soi (structure objective).
Elle devient pour soi lorsqu’elle se mobilise politiquement.

Cette conception rapproche Marx d’une démarche réaliste :

Pour lui, les classes sociales existent réellement, matériellement, même si les individus n’en ont pas conscience.
Elles sont des réalités objectives, pas des simples catégories statistiques.

L’histoire devient alors une succession de luttes entre groupes sociaux aux intérêts opposés. Les conflits sociaux actuels (hausse des salaires, réformes des retraites, révoltes populaires) illustrent parfaitement ce modèle.


Max Weber : une structure sociale multidimensionnelle



Weber conteste la vision trop réduite de Marx. Pour lui, la société ne peut pas être comprise uniquement par le capital ou le travail. La structure repose sur trois dimensions :

  1. Classe → économiques (revenus, patrimoine, position sur le marché)
  2. Statut → symboliques (prestige, style de vie, reconnaissance)
  3. Parti → politiques (pouvoir d’influence, capacité à gouverner)

Weber adopte au contraire une position nominaliste :

Il considère que les classes ne sont pas des réalités tangibles,
mais des catégories construites par les sociologues pour expliquer la réalité.

Les individus ne forment pas automatiquement un groupe uni : c’est une construction analytique. Le professeur prestigieux mais peu payé, ou l’influenceur riche mais sans reconnaissance universitaire, montrent que la position sociale se joue sur plusieurs plans, et pas seulement économique.

Marx voit la société en blocs opposés.
Weber la pense en gradients, en combinaisons, en niveaux multiples.


Synthèse comparative



Critère

Marx

Weber

Vision de la structure

Exploitants / exploités

Pluridimensionnelle

Type d’existence

Réaliste → les classes existent réellement

Nominaliste → catégorie analytique

Définition de classe

Position dans production

Position économique relative

Rapport à la conscience

En soi → Pour soi (passage politique)

Pas nécessairement consciente/mobilisée

Moteur du changement

Conflit de classes

Multiplicité des facteurs

 

Marx adopte une approche réaliste et conflictuelle : les classes sont des réalités objectives, d’abord existantes en soi, qui peuvent se transformer pour soi lorsqu'elles prennent conscience de leurs intérêts communs.
Weber, lui, propose une vision nominaliste et multidimensionnelle : les classes ne sont pas des blocs unifiés mais des catégories analytiques parmi d’autres (statut, parti) pour comprendre la structure sociale.


B)   L’affaiblissement des logiques de classe

 

Henri Mendras propose, dans les années 1980, une analyse originale de la société française — très différente de celles de Marx (classes en conflit) ou de Weber (groupes de statut, ordres, prestige).

Pour lui, durant les Trente Glorieuses (1945-1975), les logiques de classe se sont affaiblies. C’est ce qu’il représente avec la fameuse “toupie” (ou toupie de Mendras).

 

                                                        i.     Pourquoi les logiques de classe s’affaiblissent ?

 

Selon Mendras, dans la France des Trente Glorieuses, plusieurs transformations profondes modifient la structure sociale :



                                                       ii.     La “toupie sociale” : la nouvelle structure de la société, la moyennisation de la société



Mendras représente la société française sous la forme d’une toupie, c’est-à-dire un ensemble ressemblant à un sablier renversé avec un centre très large.

Une vaste « constellation centrale » (le cœur de la toupie)

La constellation centrale regroupe :

o   des employés,

o   des professions intermédiaires,

o   des petits cadres,

o   des ouvriers qualifiés,

o   des petits indépendants.

C’est un ensemble majoritaire, hétérogène, mais qui partage des conditions de vie proches, notamment grâce :

o   à l’accès à la consommation,

o   à la scolarisation plus longue,

o   à la montée des services.

o  
Mendras considère que ce groupe absorbe progressivement d’autres catégories sociales.

Comprendre la toupie de Mendras

En haut : des groupes plus favorisés
Les grandes élites économiques et politiques (poste étroit en haut de la toupie).


En bas : les groupes les plus fragiles
Les travailleurs précaires, les ruraux isolés, les ouvriers non qualifiés.

 

DEFINITION : La moyennisation décrit le processus de constitution d’une vaste classe moyenne, réduisant les positions extrêmes dans la stratification sociale et rapprochant ainsi les niveaux et les modes de vie.

                                                        iii.     Le sens sociologique de la toupie : la modernisation de la société

La toupie permet de comprendre un phénomène majeur :
la société française se “moyennise”.

ATTENTION ;

Depuis les années 1990-2000, beaucoup de sociologues contestent la validité actuelle du modèle de Mendras :

 explosion des inégalités, retour de la précarité, dualisation du marché du travail, polarisation des emplois.

Mais pour expliquer les Trente Glorieuses, le modèle reste extrêmement pertinent.


C.        L’analyse en termes de classe garde une pertinence

 

Contrairement à l’idée défendue par Mendras d’un affaiblissement des classes, Pierre Bourdieu montre que les inégalités se maintiennent profondément dans la société française, et qu’il existe bien des classes sociales, même si elles ne se réduisent pas uniquement au revenu ou au métier.

 

i.               L’espace social selon Bourdieu : un système de positions inégales

 


 

Bourdieu représente la société comme un espace social, structuré par la répartition inégale de différents capitaux :

Capital économique

Revenu, patrimoine, niveau de richesse.

Capital culturel

Diplômes, connaissances, compétences, dispositions culturelles (goûts, pratiques).

 

→ Ces deux capitaux sont inégalement distribués entre les groupes sociaux et au sein même de ces groupes.

Cela produit des positions sociales hiérarchisées, avec des styles de vie différents, des préférences, des pratiques culturelles distinctes.

 

Chez Bourdieu, il y'a aussi le capital symbolique, qui est le prestige au sein de la société et le capital social qui représente l'accumulation de nos ressources relationnelles.





ii.         Les classes sociales existent encore : elles n’ont jamais disparu

 

Bourdieu critique l’idée d’une société “moyenne” ou “sans classes”. Pour lui :

Les écarts se maintiennent fortement

Les groupes dotés d’un capital économique et d’un capital culturel élevé (grandes élites, cadres supérieurs, professions intellectuelles) occupent les positions dominantes et reproduisent leur place.

 Les styles de vie différencient les groupes

Le goût pour certains loisirs, pour la culture légitime, les pratiques sportives, les choix scolaires :

tout cela est socialement marqué.

La disparition de la classe ouvrière ne signifie pas la fin des dominations

Même si les effectifs ouvriers ont diminué, les inégalités et rapports de domination subsistent.

 

iii.             Une classe dominante très cohésive : la grande bourgeoisie

 

Selon les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, la grande bourgeoisie constitue toujours :

 

une classe en soi (objectivement définie par sa richesse, son patrimoine, ses institutions),

et une classe pour soi (consciente de ses intérêts, organisée, cohésive).

 

La grande bourgeoisie réussit à préserver ses privilèges grâce à :

o   l’entre-soi (écoles privées sélectives, clubs, quartiers fermés),

o   les réseaux économiques et politiques,

o   la transmission du capital économique (héritage, dons),

o   la transmission du capital culturel (éducation, normes, habitus).

Elle reste donc une classe sociale solide et active.

 

 

 

 

 

 3)    Des mécanismes d’identification aux groupes sociaux de plus en plus complexes

a.     L’articulation des différents critères de stratification sociale

 

Analyser la structure sociale uniquement à partir des classes sociales (comme le faisaient les approches classiques) ne suffit plus pour comprendre la complexité des inégalités contemporaines. La société ne se divise pas seulement selon des critères économiques ; d’autres dimensions — le genre, l’âge, l’origine, parfois même le territoire — jouent un rôle tout aussi déterminant et viennent se combiner à la position sociale.

                                               i.     Le genre : un critère transversal d’inégalités

Quel que soit leur milieu social d’appartenance, les femmes sont confrontées à des inégalités spécifiques :

Le genre traverse toutes les classes sociales :
Une femme cadre et une femme employée ne vivent pas la même situation matérielle, mais elles subissent des formes de domination liées au genre.

De plus, dans de nombreux secteurs, la division du travail reste liée à la division sexuelle : certains métiers restent très féminisés (petite enfance, aide à domicile, nettoyage) ou au contraire très masculinisés (BTP, transports, informatique).
La position des individus ne peut donc pas être interprétée uniquement par leur classe sociale.

                                               ii.      L’âge : une variable de plus en plus déterminante

L’âge devient également un facteur majeur dans la compréhension des inégalités.
Les jeunes, par exemple, sont particulièrement exposés à :

Mais ces difficultés ne touchent pas tous les jeunes de la même façon :


un jeune d’origine populaire subira davantage de contraintes qu’un jeune issu d’une famille favorisée.
un jeune homme et une jeune femme ne feront pas face aux mêmes discriminations.

L’âge s’articule avec l’origine sociale et le genre.


                                               iii.     L’origine sociale et l’origine migratoire : des sources fortes d’inégalités

L’origine sociale, mais aussi l’origine migratoire, le nom, la couleur de peau peuvent provoquer des discriminations réelles :


Ces formes de domination ne peuvent pas être réduites à la seule « classe sociale ».

Elles se superposent et se combinent avec les autres inégalités.
C’est ce qu’on appelle souvent l’articulation des critères, ou encore l’intersectionnalité.

                                               iiii.     Les inégalités se cumulent : classe + genre + origine

Les logiques de classe sociale ne disparaissent pas, mais elles s’entrelacent avec d’autres formes de différenciation.
Ainsi, une même position sociale n’est pas vécue de la même façon selon :

Exemple : les “nounous”

Le métier d’assistante maternelle ou de femme de ménage illustre parfaitement cette articulation :

·       métier très féminisé (enjeu de genre),

·       souvent occupé par des femmes issues de milieux populaires (classe),

·       parfois d’origine étrangère, ce qui expose à davantage de précarité ou de discrimination (origine).

Les inégalités vécues par ces femmes ne s’expliquent donc ni uniquement par leur classe,
ni uniquement par leur genre,
ni uniquement par leur origine,
mais par la combinaison des trois.

 

B. L’individualisation complexifie l’identification à un groupe social

Au-delà de l’articulation des différents critères de stratification sociale, un autre phénomène rend l’identification à un groupe social plus complexe : l’individualisation des parcours.

i.               L’individualisation et la pluralité des expériences

Avec la montée de l’individualisation dans nos sociétés, les parcours de vie se diversifient. Les individus ne sont plus définis uniquement par leur appartenance de classe, mais aussi par une multitude d’expériences variées qu’ils accumulent au fil de leurs socialisations.

Selon le sociologue Bernard Lahire, chaque individu est le produit de socialisations multiples : il grandit dans des contextes variés (famille, école, loisirs, travail), ce qui enrichit son identité.

Ainsi, un individu peut adopter des pratiques ou des styles de vie qui ne correspondent pas strictement aux attentes de son milieu social d’origine.

ii.              Des statuts sociaux plus diversifiés

Cette pluralité d’expériences conduit à une diversification des statuts sociaux.
Les individus ne s’identifient plus de manière rigide à un seul groupe social, mais peuvent naviguer entre plusieurs univers. Par exemple, une personne peut appartenir à une classe sociale modeste, tout en adoptant des goûts culturels ou des pratiques qui la rapprochent d’autres milieux.

La notion de socialisation anticipatrice illustre bien cette idée : certains individus adoptent volontairement les codes d’un groupe auquel ils aspirent appartenir (par exemple, un étudiant de milieu populaire qui adopte les habitudes d’un milieu plus favorisé en vue de son ascension sociale).

iii.             Une identité plurielle et contextuelle

En somme, l’individualisation signifie que chaque individu construit son identité en combinaison de multiples influences. Il n’est plus simplement « ouvrier » ou « cadre » de manière univoque, mais peut être à la fois homme ou femme, jeune ou âgé, issu d’un milieu populaire ou favorisé, d’une certaine origine culturelle, et adapter ses pratiques en fonction des contextes.

Cela rend l’identification à un groupe social plus fluide, plus nuancée, et montre que les appartenances sociales se superposent et se recomposent au fil des trajectoires individuelles.



 

Chapitre 4 : Comment lutter contre le chômage ?

1. Comment mesurer le chômage et le sous-emploi ?

A. Les mesures du chômage


Le chômage désigne la situation d’une personne en âge de travailler (15 ans ou plus), sans emploidisponible pour travailler et recherchant activement un emploi. Cette définition est celle du BIT (Bureau international du travail).

Le taux de chômage se calcule ainsi:

Taux de chômage = (Nombre de chômeurs / Population active) × 100

Attention, il est à noter que l’INSEE , et donc le Pôle emploi comptabilisent le chômage d’une autre manière générant, ainsi, des différences dans le calcul du chômage, selon L’INSEE et le B.I.T

Un actif est une personne qui travaille ou qui cherche activement un emploi. Il peut donc être en emploi (salarié, indépendant) ou au chômage.

Exemple : un serveur, une infirmière, un ouvrier au chômage inscrit à France Travail.

Un inactif est une personne qui ne travaille pas et ne cherche pas d’emploi.
Exemple : un élève, un étudiant, un retraité, une personne au foyer.


On remarque à travers ce document que le chômage ne cesse de croître depuis la fin des "trente glorieuses", et de plus que le taux de chomage des femmes et des hommes tend à se confondre, jusqu'à atteindre des niveaux similaires.
Les explications peuvent être; fin de la croissance soutenue de l'après-guerre (l'europe est reconstruite, la demande se tasse) / deux chocs pétroliers ( 1973-1979, qui vont générer une forte inflation dans le monde entier) , puis une succession de crise (1993/2008/2020)... et d'autres encore.

Nous observons ici, que le chômage au sens du B.I.T et de l'INSEE (donc du pôle emploi) sont différents.
Le taux de chômage que l'on entend le plus fréquemment comme étant celui du pôle-emploi, est celui observé dans la catégorie A, et l'on observe qu'il est légèrement supérieur à celui du B.I.T.
Les explications sont qu'ils ne comptent pas les mêmes personnes et n'ont pas les mêmes objectifs.

Le taux d'emploi

Ltaux d’emploi mesure la part de la population en âge de travailler qui est effectivement en emploi:

Taux d’emploi = (Nombre de personnes en emploi / Population totale en âge de travailler) × 100

Ces indicateurs permettent d’évaluer la situation du marché du travail, mais ils ne suffisent pas à tout expliquer.


B. Comprendre le sous-emploi


Le sous-emploi regroupe les personnes ayant un emploi à temps partiel souhaitant travailler plus ainsi que les personnes ayant involontairement travaillé moins que d’habitude. Elles font partie du halo du chômage au sens large.


Le Halo du chômage

Comprendre le Halo du chômage

Dès les années 1980, la notion du « halo » du chômage est apparue pour désigner les situations des personnes qui n’étaient pas comptabilisées comme chômeur au sens du BIT alors que, de fait, leur situation s’apparentait à celle du chômage. Plus généralement existent aux frontières des trois catégories (chômage, emploi, inactivité) des zones « floues », où il peut y avoir un écart entre la classification officielle (et donc statistique) d’une situation et sa réalité et/ou la perception que l’on peut en avoir [cf. schéma ci-contre]. (…) Le « halo » au sens large résulte de la multiplication de statuts à la frontière (mais de l’autre côté) du chômage officiellement recensé. (…)

A la frontière du chômage et de l’inactivité, l’Insee recense les personnes sans emploi et souhaitant travailler qui ne sont pas considérées comme chômeurs, mais comme inactives au sens du BIT, car ne satisfaisant pas au à au moins un des deux critères (recherche active et disponibilité dans les deux semaines suivant l’enquête). Parmi elles, les chômeurs (…) découragés(…), [l]es travailleurs de plus de 50 ans qui considèrent leur âge comme un obstacle majeur au retour à l’emploi, (…) [d]es jeunes femmes –souvent avec des enfants en bas âge- [qui ne sont] pas disponibles dans les deux semaines. (…)

A la frontière du chômage et de l’emploi, le sous-emploi regroupe, selon la définition au sens du BIT, « toutes les personnes pourvues d’un emploi salarié ou non, qu’elles soient au travail ou absentes du travail, et qui travaillent involontairement moins que la durée normale du travail dans leur activité, et qui sont à la recherche d’un travail supplémentaire ou disponibles pour un tel travail durant la période de référence ». Cette définition recouvre donc les personnes à temps partiel involontaire (ou encore « subi ») ou ayant involontairement travaillé moins qu’habituellement (du fait notamment d’un chômage partiel ou technique, du fait d’une baisse de l’activité de leur entreprise, les personnes restant alors juridiquement employées par cette dernière). (…)

Source Jérôme Gautié, Le chômage, Coll. Repères, Ed. La découverte, 2015


Qui est confronté au sous-emploi ?


On observe que les populations les plus touchées par le halo du chômage sont les jeunes de 15-24 ans et les jeunes

Les femmes sont le plus touchées, tout d'abord car elles sont surreprésentées dans le commerce, le service à la personne, la santé , l'éducation, l'aide sociale; qui sont des secteurs ou le temps partiel est structurel et souvent imposé par l'employeur.
Ensuite, les femmes assurent encore aujourd'hui majoritairement la garde d'enfants et le travail domestique.
De plus, souvent des carrières discontinues; en cause congés maternité qui génèrent des carrières hachées et des contrats courts.

Concernant les jeunes, car l'insertion professionnelle est difficile car ils cumulent; manque d'expérience, diplomes non reconnus ou inadéquats, concurrence avec des travailleurs plus expérimentés.
Ils commencent souvent par des CDD, de l'intérim, des stages, du temps partiel.
Ensuite beaucoup travaillent en étant étudiant, acceptent des petits boulots et enchainent des missions courtes.


CDI (Contrat à Durée Indéterminée) :Contrat de travail sans limite de durée, qui offre la plus grande stabilité d’emploi. Il peut être rompu mais selon des règles strictes (démission, licenciement, rupture conventionnelle).

CDD (Contrat à Durée Déterminée) :Contrat de travail prévu pour une durée limitée, utilisé pour un besoin temporaire (remplacement, saisonnier, accroissement d’activité). Il prend fin automatiquement à la date prévue.


La précarisation

Depuis le début des années 2000, et surtout après la crise de 2008, les CDD augmentent tandis que les CDI reculent. Les entreprises recherchent davantage de flexibilité dans un contexte économique incertain.
Le CDD leur permet d’ajuster rapidement leur main-d’œuvre sans s’engager sur le long terme. Le CDI est perçu comme plus risqué et plus coûteux en cas de licenciement.

De plus, la croissance de secteurs comme la restauration, le tourisme ou la logistique favorise les contrats courts. Cette évolution entraîne une précarisation de l’emploi, notamment chez les jeunes.



2. Quels sont les différents facteurs explicatifs du chômage ?

A. L’effet des fluctuations de l’activité sur le niveau du chômage


Lorsque l’activité économique ralentit (crise, baisse de la consommation, recul de l’investissement), les entreprises produisent moins et licencient, ce qui provoque une hausse du chômage.

On parle alors de chômage conjoncturel, car il dépend de la conjoncture économique mais aussi de l’absence de débouchés anticipés qui conduit les employeurs à licencier ou limiter l’embauche.

À l’inverse, en période de forte croissance, les entreprises recrutent davantage et le chômage diminue.

Le chômage keynésien


Le chômage keynésien est un chômage dû à une insuffisance de la demande globale dans l’économie et le fait que les entreprises anticipent une baisse de la demande (on parle de demande anticipée)


- Lorsque les ménages consomment peu et que les entreprises investissent peu, la production ralentit. Les entreprises vendent moins, produisent moins et embauchent moins, ce qui crée du chômage. Ce chômage est donc conjoncturel, lié aux crises économiques. Pour le réduire, l’État peut relancer l’économie par la dépense publique et le soutien à la consommation.


- De plus, pour Keynes, quand les ménages augmentent trop leur épargne, ils diminuent leur consommation. Cette baisse de la demande oblige les entreprises à réduire leur production, ce qui provoque des licenciements et du chômage : c’est le paradoxe de l’épargne. Individuellement, épargner semble positif, mais si tout le monde épargne en même temps, cela peut aggraver le chômage keynésien, car l’économie manque de demande pour tourner.

Keynes J.M



La demande globale


La demande globale correspond à l’ensemble des dépenses adressées aux entreprises d’un pays. Elle se compose de la consommation des ménages (C), de l’investissement des entreprises (I), des dépenses publiques (G) et des exportations nettes, c’est-à-dire les exportations moins les importations (X – M). La croissance dépend donc de la dynamique de ces quatre composantes : si l’une baisse fortement, la demande globale diminue et peut freiner l’activité économique.


La demande anticipée désigne la demande future que les entreprises anticipent de la part des consommateurs.
Les entreprises produisent, investissent et embauchent aujourd’hui en fonction de cette demande attendue.
Si elles anticipent une hausse de la demande, elles augmentent la production.
Si elles anticipent une baisse, elles réduisent l’investissement et l’emploi.


B. Les effets du coût du travail sur le niveau du chômage


De quoi est composé le coût du travail ?

  1. Le salaire brut: C’est le salaire avant déduction des cotisations salariales, c’est ce que l’employeur verse directement au salarié
  1. Les cotisations sociales patronales: Versées par l’employeur à l’État et aux organismes sociaux, elles financent : la retraite, l’assurance maladie, les allocations familiales, l’assurance chômage

Ces cotisations ne vont pas dans la poche du salarié, mais elles coûtent quand même à l’employeur.

 On peut aisément comprendre que plus le coût du travail (donc le salaire + les cotisations patronales) est élevé, plus le taux de chômage est élevé, du moins c'est la conception chez les économistes Néo Classique (libéraux)


Ce document montre le marché du travail selon les libéraux (néo classiques- entre autre l'économiste Alfred Marshall).

La demande est émise par les entreprises, elles sont en demande de force de travail. Plus le prix du travail est faible, plus elles sont aptes à en demander beaucoup et inversement.

L'offre de force de travail, elle est émise par les travailleurs, qui louent leur force de travail, plus le prix du travail est élevé (donc leur salaire), plus ils sont aptes à proposer une grande quantité de travail.

A l'équilibre, c'est à dire au point de rencontre entre offreurs et demandeurs, il n'y a plus de chômage (selon les néo classiques), c'est le salaire satisfaisant offreurs et demandeurs. Le seul chômage est du chômage volontaire

Pour les néoclassiques, le marché du travail doit être libre et sans contrainte et aucune force extérieure ne doit intervenir, afin que le libre jeu de l'offre et de la demande puisse se faire. Dans ce cas là, il n'y aurait pas de chômage, les seuls possibles seraient le chômage volontaire ayant fait un choix individuel et rationnel et un chômage frictionnel, temporaire, lié aux délais de changements entre deux emplois.


Selon eux, une intervention sur le marché favoriserait alors l'émergence d'un chômage structurel ou institutionnel.
Dans ce cas, l'existence d'un salaire minimum (SMIC) générerait une rigidité sur le marché, troublant son libre jeu.
Dans ce document nous comprenons qu'un salaire plus élevé que celui d'équilibre entraine une offre>demande; dans ce cas la demande est inférieure à l'offre.


On parle d'un chômage structurel, lorsque le chômage ne vient pas d'un manque d'emplois, mais vient d'un dysfonctionnement du marché du travail.


Selon Alfred Marshall, une partie du chômage est inévitable dans une économie de marché et correspond à un chômage transitoire ou frictionnel. Il s’agit du chômage lié aux délais d’ajustement entre l’offre et la demande de travail : un individu peut être au chômage parce qu’il change d’emploi, entre sur le marché du travail ou cherche un poste correspondant mieux à ses compétences. Marshall évoque aussi un chômage volontaire, qui concerne les individus qui refusent temporairement un emploi jugé insuffisamment rémunéré ou inadapté à leurs attentes. Dans cette perspective néoclassique, ce type de chômage n’est pas un dysfonctionnement du marché du travail, mais le résultat de choix individuels rationnels et d’un temps nécessaire à l’appariement entre travailleurs et emplois.


C. Des institutions inégalement favorables à l'emploi


Les institutions regroupent l’ensemble des règles, lois et dispositifs mis en place par l’État et les partenaires sociaux pour encadrer le marché du travail :
droit du travail, salaire minimum, règles d’embauche et de licenciement, assurance-chômage.

Ces règles ont pour objectif de protéger les travailleurs, mais peuvent aussi contribuer à un chômage structurel, c’est-à-dire un chômage durable lié au fonctionnement même du marché du travail.

L’existence d’un salaire minimum (comme le SMIC) vise à garantir un revenu décent.
Cependant, si ce salaire est supérieur à la productivité de certains travailleurs, notamment les moins qualifiés, certaines entreprises peuvent renoncer à embaucher.

De plus, des règles d’embauche et de licenciement rigides peuvent accroître le coût et le risque de l’embauche, ce qui incite les entreprises à limiter leurs recrutements.

Ces éléments peuvent donc freiner l’ajustement du marché du travail et favoriser le chômage structurel.


Allocations chômage, chômage volontaire et trappe à inactivité

L’État intervient également à travers les allocations chômage, qui sécurisent les individus et leur permettent de chercher un emploi plus longtemps ou de se former.

Dans certains cas, lorsque l’écart entre :

  • les revenus de remplacement (allocations, minima sociaux)

  • et le salaire proposé lors d’une reprise d’emploi

est faible, certains individus peuvent être incités à retarder leur retour à l’emploi.

On parle alors de trappe à inactivité, pouvant favoriser un chômage volontaire.

Flexibilité du marché du travail

La flexibilité du marché du travail désigne la capacité des entreprises à ajuster rapidement leurs effectifs et leurs conditions d’emploi.

Lorsque les règles sont trop rigides, les entreprises peuvent :

- hésiter à embaucher ;

- limiter les flux entre emploi et chômage.

Une faible flexibilité peut ainsi contribuer au maintien d’un chômage structurel élevé.

Les asymétries d’information : un problème que les institutions cherchent à corriger

Sur le marché du travail, il existe naturellement des asymétries d’information qui peuvent générer du chômage:

-l’employeur ne connaît pas parfaitement la motivation, l’effort ou les compétences réelles du salarié ;

- le salarié ne connaît pas toujours les conditions réelles d’emploi.

Les institutions interviennent pour réduire ces asymétries, par exemple :

   - diplômes et certifications (reconnus par l’État)

   - contrats de travail, droit du travail

    - règles de licenciement et de contrôle

Ces règles visent à sécuriser la relation d’emploi et à rendre les comportements plus prévisibles.

Le salaire d’efficience est un salaire volontairement supérieur au salaire d’équilibre du marché du travail, versé par l’employeur afin d’augmenter la productivité des salariés. En payant davantage, l’entreprise cherche à inciter les travailleurs à fournir plus d’efforts, à limiter le tirage au flanc, à réduire le turnover et à attirer des salariés plus qualifiés.

Ce mécanisme repose sur un problème d’asymétrie d’information : l’employeur ne peut pas observer parfaitement l’effort fourni par le salarié. Un salaire plus élevé rend alors la perte d’emploi plus coûteuse pour le salarié, ce qui l’incite à adopter un comportement conforme aux attentes de l’entreprise.


D. Un Chômage conséquent d'un mauvais appariement


Les explications d'un mauvais appariement:


L’appariement est la capacité du marché du travail à faire coïncider les besoins en main d’œuvre des organisations productives y compris de l’économie sociale et solidaire (c’est-à-dire des entreprises, des administrations publiques, des associations) avec la diversité de l’offre de travail des travailleurs.
Le défaut d’appariement peut être lié à des problèmes de qualification, de localisation géographique bien sûr, mais de manière plus générale au temps de recherche d’un emploi adapté pour la personne au chômage et, du côté de l’employeur, au temps mis aussi à chercher le travailleur adapté au poste à pourvoir.


La courbe de Beveridge représente la relation entre le taux de chômage et le taux d’emplois vacants sur le marché du travail. 

Elle est généralement décroissante : lorsque le chômage est élevé, le nombre d’emplois vacants est faible, et inversement lorsque le chômage est faible, les emplois vacants sont plus nombreux. Les déplacements le long de la courbe traduisent les évolutions conjoncturelles de l’activité économique, comme les phases de croissance ou de récession. En revanche, un déplacement de la courbe elle-même, notamment vers la droite, indique une augmentation du chômage structurel liée à des difficultés d’appariement entre les offres d’emploi et les demandeurs d’emploi (inadéquation des compétences, problèmes géographiques ou asymétries d’information). La courbe de Beveridge permet ainsi d’analyser le fonctionnement du marché du travail et d’identifier les causes structurelles du chômage.

Ci-dessous; courbe de Beveridge de la zone euro


3. Comment les différentes politiques de l'emploi répondent-elles aux différents types de chômages ?


a.Lutte contre le chômage conjoncturel et classique 

Le chômage conjoncturel (ou Keynesien)

Le chômage keynésien est le chômage qui provient d’un déficit de demande globale : les ménages et les entreprises dépensent moins, ce qui réduit la production, et donc les entreprises embauchent moins ou licencient.

Selon la théorie keynésienne : l’économie ne s’ajuste pas automatiquement vers le plein emploi en cas de criseil faut donc stimuler la demande globale (consommation + investissement + dépenses publiques) pour relancer l’activité.

Une politique budgétaire de relance aggrave temporairement le déficit public parce que l’État dépense plus ou prélève moins d’impôts. Mais l’objectif est que cette stimulation fasse repartir l’activité et l’emploi, ce qui, à terme, augmente les recettes fiscales via la croissance et la consommation.

Un mécanisme souvent associé à cette idée est l’effet multiplicateur keynésien : chaque euro dépensé par l’État peut générer plus d’un euro de revenu national après avoir circulé dans l’économie (consommation, entreprises, salaires…).

Qu’est-ce qu’une politique budgétaire de relance ?

Une politique budgétaire désigne l’ensemble des mesures prises par l’État qui influencent : les dépenses publiques, et les recettes (impôts, taxes) (afin d’agir sur l’activité économique.) 

Une politique budgétaire de relance (ou expansionniste) est une politique conjoncturelle qui vise à stimuler la demande globale lorsque l’économie est en ralentissement et que la croissance est faible. Elle cherche à augmenter l’activité économique et à réduire le chômage.

Ce type de politique s’oppose à une politique de rigueur budgétaire (qui vise à réduire les dépenses ou augmenter les impôts pour freiner l’inflation).


EXEMPLE: 

Stimulus Package – American Recovery and Reinvestment Act (2009)

Aux États-Unis, après la crise de 2008, le plan de relance de 2009 a combiné :

  • augmentation des dépenses publiques,

  • allègements fiscaux,

  • aides pour les États et les collectivités.

L’objectif était de relancer la demande, réduire le chômage et soutenir la croissance.




Le chômage classique

Le chômage classique est un chômage dû à un coût du travail trop élevé par rapport à la productivité des travailleurs, en particulier pour les emplois peu qualifiés.

Si le salaire (et surtout le coût total du travail, salaire + cotisations) est supérieur à ce que rapporte le travailleur à l’entreprise, l’employeur n’embauche pas.

C’est une explication néoclassique du chômage : le chômage est causé par des rigidités sur le marché du travail (salaires minimums, cotisations sociales, règles protectrices).


Pourquoi la réduction du coût du travail est le principal levier ?

Pour lutter contre le chômage classique, on cherche à rendre le travail moins cher pour l’employeur, afin qu’il devienne rentable d’embaucher.

Le levier principal est la réduction des cotisations sociales patronales, surtout sur les bas salaires.

Objectif :

  • baisser le coût du travail,

  • augmenter la demande de travail des entreprises,

  • donc augmenter l’emploi.




Qu’est-ce qu’une trappe à bas salaire ?

Une trappe à bas salaire est une situation où un salarié reste bloqué durablement dans un emploi faiblement rémunéré, parce que :

  • les aides publiques (allègements de cotisations, primes, exonérations) sont concentrées sur les bas salaires,

  • et qu’une hausse de salaire ferait perdre ces aides, ce qui augmente fortement le coût du travail pour l’employeur.

Résultat :
L’entreprise n’a pas intérêt à augmenter les salaires, et le salarié a peu de chances de progresser.

On maintient ainsi des emplois peu qualifiés et peu rémunérés, sans perspectives d’évolution.


b. Les politiques actives pour un retour des chômeurs à l'emploi

Si les politiques passives de l’emploi (indemnisation du chômage, aides sociales) restent importantes pour protéger les individus contre la perte de revenu, les États mettent de plus en plus en œuvre des politiques actives, aussi appelées politiques d’activation, dont l’objectif est de favoriser le retour à l’emploi des chômeurs.

Ces politiques reposent principalement sur trois types de leviers :

1. Les politiques d’activation et d’incitation à l’emploi

Les politiques d’activation visent à inciter les chômeurs à rechercher activement un emploi et à accepter des offres correspondant à leur profil. Elles reposent notamment sur :

L’objectif est de limiter les situations de chômage durable et d’encourager un retour rapide vers l’activité.

2. Les politiques d’accompagnement des chômeurs

Les politiques d’accompagnement consistent à aider les chômeurs dans leur recherche d’emploi afin de réduire le temps passé sans travail. Elles permettent de lutter contre le chômage frictionnel, qui correspond au temps nécessaire pour passer d’un emploi à un autre.

Elles prennent la forme de :bilans de compétences, aides à la rédaction de CV et à la préparation des entretiens, mise en relation avec les employeurs, suivi individualisé.

L’objectif est de améliorer l’appariement entre l’offre et la demande de travail, en aidant les chômeurs à trouver des postes correspondant à leurs qualifications.

3. Les politiques de formation des chômeurs

Les politiques de formation visent à lutter contre le chômage d’inadéquation (ou structurel), qui résulte d’un décalage entre les compétences des travailleurs et les besoins des entreprises.

Elles cherchent à : adapter les qualifications des chômeurs aux évolutions du marché du travailfaciliter la reconversion professionnellesoutenir le développement de nouveaux secteurs d’activité.

La formation permet ainsi d’encourager la mobilité professionnelle et d’augmenter l’employabilité des individus.

C. La flexibilisation du marché du travail

1. La flexibilité comme levier de création d’emplois

Les politiques de flexibilisation du marché du travail ont pour objectif de faciliter les ajustements de l’emploi aux besoins des entreprises, afin de favoriser la création d’emplois et l’adaptation de l’économie aux évolutions conjoncturelles et technologiques.

a) La flexibilité externe

La flexibilité externe désigne la capacité des entreprises à ajuster facilement le nombre de salariés en fonction de l’activité économique. Elle repose notamment sur :la facilité d’embauche et de licenciement, le développement des contrats temporaires (CDD, intérim),la simplification des procédures de rupture de contrat.

Elle permet aux entreprises de recruter plus facilement lorsque l’activité augmente, ce qui peut favoriser la hausse du taux d’emploi. Cependant, elle peut aussi accroître l’instabilité de l’emploi.

b) La flexibilité interne

La flexibilité interne consiste à adapter l’organisation du travail à l’intérieur de l’entreprise, sans modifier nécessairement le nombre de salariés. Elle passe par :la modulation du temps de travail (heures supplémentaires, annualisation),la polyvalence des salariés,la mobilité interne.

Elle permet aux entreprises d’adapter rapidement la production à la demande et peut rendre le travailleur plus productif en optimisant l’utilisation de ses compétences.

2. Les effets négatifs de la flexibilisation

Si la flexibilité peut favoriser l’emploi, elle peut aussi engendrer des effets pervers.

a) Hausse de la précarité et dégradation des conditions de travail

Le développement des contrats courts et de l’instabilité de l’emploi peut conduire à une hausse de la précarité, à une incertitude sur l’avenir professionnel et à une dégradation des conditions de travail.

b) Segmentation du marché du travail

La flexibilisation peut renforcer la segmentation du marché du travail entre : un noyau de salariés stables et protégés / une périphérie de travailleurs précaires (CDD, intérim, temps partiel subi).

Cette segmentation peut être responsable d’une hausse des inégalités et de la pauvreté.

On parle de travailleurs pauvres lorsque des personnes en emploi perçoivent un revenu du travail inférieur au seuil de pauvreté.

3. La flexisécurité : concilier flexibilité et protection

La flexisécurité est une stratégie qui vise à combiner les avantages de la flexibilité du marché du travail avec un haut niveau de sécurité pour les salariés.

Elle repose sur trois piliers :

L’objectif est de permettre aux entreprises de s’adapter tout en garantissant aux salariés une sécurité des parcours professionnels plutôt qu’une sécurité du poste de travail.




Quelles sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ?

1. Définir et mesurer la mobilité sociale

a. La mobilité : un terme polysémique


La mobilité sociale désigne l’ensemble des changements de position qu’un individu ou qu’un groupe d’individus peut connaître au sein de la structure sociale. Elle renvoie donc à l’idée que les positions sociales ne sont pas figées et que les individus peuvent, au cours de leur vie ou d’une génération à l’autre, occuper des places différentes dans la hiérarchie sociale. Cette notion est dite polysémique car elle recouvre plusieurs formes de mobilité selon le point de comparaison retenu.

On distingue ainsi la mobilité intergénérationnelle, qui correspond à la comparaison entre la position sociale d’un individu et celle de ses parents, le plus souvent celle du père ou aujourd’hui celle des deux parents. Elle permet de mesurer la reproduction sociale ou, au contraire, l’ascension ou le déclassement d’une génération par rapport à la précédente. À l’inverse, la mobilité intragénérationnelle renvoie aux changements de position sociale qu’un individu connaît au cours de sa propre trajectoire de vie, par exemple lorsqu’il connaît une promotion professionnelle, une reconversion ou au contraire une dégradation de sa situation.


Il est important de distinguer la mobilité sociale d’autres formes de mobilité qui ne modifient pas nécessairement la place occupée dans la hiérarchie sociale. La mobilité géographique, par exemple, correspond à un changement de lieu de résidence, comme un déménagement d’une région à une autre, sans que cela implique forcément un changement de statut social. De même, la mobilité professionnelle désigne un changement d’emploi, d’entreprise ou de poste, qui peut se produire sans transformation de la position sociale globale de l’individu. Ainsi, toutes les mobilités ne sont pas des mobilités sociales : seule la mobilité qui modifie la position dans la structure sociale relève véritablement de la mobilité sociale.



b. Mesurer la mobilité par les tables de mobilité sociale

Pour mesurer la mobilité sociale, les sociologues utilisent des outils statistiques appelés tables de mobilité sociale. Ces tables consistent à croiser l’origine sociale des individus, généralement mesurée à partir de la profession de leurs parents, avec la position sociale qu’ils occupent eux-mêmes à l’âge adulte. Elles permettent ainsi de comparer les trajectoires sociales entre générations et d’identifier les phénomènes de reproduction ou de mobilité.

On distingue principalement deux types de tables. La table de destinée représente ce que deviennent, à l’âge adulte, cent individus issus d’une même catégorie socioprofessionnelle. Elle permet donc d’observer les trajectoires sociales des enfants selon leur origine sociale. À l’inverse, la table de recrutement montre l’origine sociale de cent individus appartenant à une même catégorie socioprofessionnelle donnée. Elle permet de comprendre d’où viennent socialement les membres d’un groupe social particulier.

Dans ces tables, la diagonale joue un rôle central : elle correspond aux situations où la position sociale des individus est identique à celle de leurs parents. Elle mesure donc la reproduction sociale, que l’on appelle aussi l’immobilité sociale. Les cases situées en dehors de cette diagonale représentent les différentes formes de mobilité. On parle de mobilité ascendante lorsqu’un individu occupe une position sociale plus élevée que celle de ses parents, ce qui correspond à une promotion sociale. À l’inverse, la mobilité descendante correspond à une perte de statut social, que l’on désigne également comme un déclassement. Il existe également une mobilité horizontale, lorsque l’individu change de position professionnelle sans modification de son statut social global, ainsi qu’une mobilité de statut, par exemple lorsqu’un individu passe du statut de salarié à celui d’indépendant ou inversement.

Enfin, les tables de mobilité montrent que les trajectoires sont le plus souvent limitées à des changements de faible amplitude : les individus changent généralement de position à l’intérieur d’un espace social proche de celui de leurs parents. On parle alors de mobilité de proximité, qui désigne le caractère relativement court des parcours de mobilité sociale.






c. Les principales limites des tables de mobilité

Si les tables de mobilité sociale constituent un outil essentiel pour analyser les trajectoires sociales, elles présentent néanmoins plusieurs limites importantes.

Tout d’abord, elles reposent sur l’utilisation de la profession comme principal indicateur du statut social. Or, ce choix n’est pas neutre : il s’agit d’une convention statistique qui suppose que la position sociale puisse être correctement résumée par l’appartenance à une catégorie socioprofessionnelle. L’usage de PCS agrégées tend ainsi à simplifier la réalité sociale et à masquer certaines différences fines entre les individus.

Par ailleurs, les tables de mobilité ont tendance à sous-estimer les petites mobilités, c’est-à-dire les changements de position limités à l’intérieur d’un même groupe social ou entre des groupes proches. En agrégeant les catégories, elles rendent moins visibles ces déplacements pourtant fréquents dans les trajectoires individuelles.

De plus, pendant longtemps, seules les informations relatives à la profession du père étaient prises en compte pour mesurer la mobilité sociale des enfants. Cette pratique reflétait une vision androcentrée du travail et de la famille. Depuis les années 1960, avec la généralisation de l’activité professionnelle des femmes, il est devenu nécessaire d’intégrer également la profession de la mère afin de mieux mesurer les trajectoires sociales, notamment celles des filles.

Enfin, les tables de mobilité ne permettent pas de saisir la dimension subjective de la mobilité sociale. Elles ne rendent pas compte de la manière dont les individus perçoivent leur propre réussite sociale ou, au contraire, leur sentiment de déclassement. Or, ces représentations jouent un rôle important dans les comportements, les aspirations et le rapport au travail. Les tables offrent donc une mesure objective et statistique de la mobilité, mais elles ne suffisent pas à elles seules pour comprendre pleinement les trajectoires sociales vécues.



2. La mobilité sociale évolue dans le temps et l’espace

a. Des tables de mobilité pour décrire les parcours

Les tables de mobilité sociale permettent de décrire et de comparer les trajectoires sociales des individus d’une génération à l’autre. Elles montrent que, dans l’ensemble, la mobilité sociale est plus souvent ascendante que descendante, ce qui signifie qu’une part importante des individus occupent une position sociale légèrement supérieure à celle de leurs parents.

Cependant, cette mobilité n’est ni uniforme ni identique pour tous les groupes sociaux. Historiquement, la mobilité ascendante a été plus fréquente pour les hommes par rapport à leur père. Cela s’explique notamment par les transformations économiques du XXᵉ siècle, comme la tertiarisation de l’économie, la disparition progressive des emplois agricoles et ouvriers, et la création d’emplois plus qualifiés, qui ont permis à de nombreux fils d’ouvriers ou d’agriculteurs d’accéder à des positions intermédiaires ou supérieures.

Pour les femmes, la mobilité est plus souvent ascendante par rapport à leur mère. Cette évolution est étroitement liée à la hausse du niveau de qualification des femmes et à leur entrée massive sur le marché du travail salarié depuis les années 1960. Alors que beaucoup de mères occupaient des emplois peu qualifiés ou étaient inactives, leurs filles accèdent aujourd’hui plus fréquemment à des diplômes élevés et à des professions qualifiées, ce qui se traduit par une mobilité sociale ascendante plus marquée.


Ainsi, les tables de mobilité mettent en évidence que la mobilité sociale dépend fortement des transformations économiques, éducatives et sociales, et qu’elle varie selon les périodes, les générations et le sexe.

Les tables montrent :

  • Une mobilité globalement ascendante plus fréquente que descendante,
  • Une mobilité ascendante historiquement plus fréquente pour les hommes par rapport à leur père,
  • Une mobilité des femmes plus souvent ascendante par rapport à leur mère, en lien avec l’élévation de leur niveau de qualification.

 

 b. Distinguer mobilité observée et fluidité sociale (et mobilité structurelle)

 

La mobilité structurelle ; La mobilité structurelle désigne la part de la mobilité sociale qui est due aux transformations de la structure de l’économie et de l’emploi (répartition des professions, des secteurs, des qualifications), et non aux changements individuels de destin social. Elle résulte par exemple de la disparition de certains métiers, de la création de nouveaux emplois ou du développement de certains secteurs, qui obligent mécaniquement les individus à changer de position sociale par rapport à leurs parents.

Les Trente Glorieuses ont généré une forte mobilité structurelle liée à :


La Mobilité observée= Mobilité nette + Mobilité structurelle

La mobilité observée désigne l’ensemble des changements de position sociale effectivement constatés dans une société entre la position sociale des individus et celle de leurs parents. Elle correspond à la part totale des individus qui connaissent une mobilité sociale, qu’elle soit due aux transformations de la structure de l’économie et de l’emploi (mobilité structurelle) ou à des changements de trajectoire indépendants de ces transformations (mobilité nette). Autrement dit, la mobilité observée est la somme de la mobilité structurelle et de la mobilité nette, et elle se mesure par des taux absolus à partir des tables de mobilité sociale.


            La mobilité observée (ou mobilité absolue)

 

CSP fils nés entre 1920 et 1925

CSP père

Agric.

Indép.

Cadres

Prof. Interm.

Employés

Ouvriers

Sans prof.

Total

Agriculteurs

41,9

7,1

3,2

8,6

7,3

30,7

1,3

100,0

Indépendants

2,9

28,9

15,1

19,8

9,2

23,1

1,1

100,0

Cadres

1,0

8,8

53,5

22,1

6,3

6,6

1,7

100,0

Prof. intermédiaires

0,8

7,1

28,5

33,4

11,7

17,8

0,8

100,0

Employés

1,7

8,5

17,1

25,2

17,9

28,5

1,0

100,0

Ouvriers

3,1

8,2

5,6

17,9

11,3

53,0

1,0

100,0

Total

13,6

11,1

11,4

17,5

10,3

35,0

1,1

100,0

Champ : destinée socioprofessionnelle des fils en fonction de la PCS des pères.

Source : Enquête Emploi (1969-2000), enquêtes obtenues auprès du LASMAS-IDLIRESCO.

 

CSP fils nés entre 1950 et 1955

CSP père

Agric.

Indép.

Cadres

Prof. Interm.

Employés

Ouvriers

Sans prof.

Total

Agriculteurs

21,5

8,7

7,2

14,7

7,6

39,6

0,7

100,0

Indépendants

0,9

22,2

20,9

22,0

9,5

23,6

0,9

100,0

Cadres

0,8

7,8

51,4

24,4

7,5

7,1

0,9

100,0

Prof. intermédiaires

0,4

8,3

27,7

33,0

10,2

19,3

1,0

100,0

Employés

0,5

7,6

17,5

27,2

16,7

29,4

1,1

100,0

Ouvriers

0,6

7,9

7,4

20,0

11,2

51,9

1,0

100,0

Total

3,9

9,8

15,7

22,0

10,8

36,9

0,9

100,0

Source : Enquête Emploi (1969-2000), enquêtes obtenues auprès du LASMAS-IDLIRESCO.


La fluidité sociale



Définition — Fluidité sociale :
La fluidité sociale désigne le degré d’égalité des chances d’accès aux différentes positions sociales dans une société. Elle mesure dans quelle mesure la position sociale atteinte par un individu dépend (ou non) de son origine sociale. Plus la fluidité sociale est élevée, plus les chances d’accéder aux différentes positions sociales sont indépendantes de l’origine sociale, et plus la société est socialement ouverte.
Pour calculer la fluidité sociale on utilise donc les Odds ratios.

Définition — Odds ratios :
Les odds ratios sont des indicateurs statistiques utilisés pour mesurer la fluidité sociale. Ils comparent les probabilités relatives qu’ont des individus d’origines sociales différentes d’accéder à une même position sociale. Un odds ratio élevé signifie que l’origine sociale joue un rôle important dans l’accès aux positions sociales (faible fluidité), tandis qu’un odds ratio proche de 1 indique une plus grande égalité des chances et donc une plus forte fluidité sociale.

Mobilité observée / fluidité sociale

Depuis la fin des années 70, les sociologues distinguent la mobilité absolue et la mobilité relative. La première est celle qui apparaît dans les tables de mobilité, en intégrant la mobilité structurelle, alors que la seconde mesure la mobilité d’une catégorie sociale par rapport à une autre, c’est donc une mesure de la fluidité sociale.

Pour mesurer la fluidité sociale, on calcule des rapports de chances relatives (odds ratios en anglais). Si sur 100 fils de cadres, 80 deviennent cadres et 20 employés, alors que, pour 100 fils d’employés, 75 deviennent employés et 25 cadres, on peut calculer le rapport de chances relatives de la manière suivante :

(80/20) / (25/75) = 12.

On dira donc que les chances de devenir cadre plutôt qu’employé sont 12 fois plus élevées pour les fils de cadres que pour les fils d’employés. Si ce rapport baisse, la fluidité sociale sera considérée comme plus importante.

Bertrand Affilé, Christian Gentil et Frank Rimbert, Les grandes questions contemporaines, L’étudiant, 2007.



3. Comprendre la complexité des trajectoires

a. Comprendre le déclassement

Malgré la démocratisation scolaire, la mobilité ascendante ralentit depuis les années 1970.

Le déclassement correspond à une perte de statut social. Il est devenu plus fréquent, notamment pour les générations nées à partir des années 1960 : on parle de déclassement générationnel.

Il est lié à :

  • la dévalorisation des diplômes (paradoxe d’Anderson ; Le paradoxe d'Anderson est le fait que malgré un niveau de diplôme supérieur à celui de leurs parents, les enfants ne parviennent pas à atteindre un statut social plus élevé que le leur.)
  • la montée du chômage de masse,
  • la précarisation de l’emploi.

 

On distingue enfin deux dimensions du déclassement. Le déclassement objectif est mesurable statistiquement, par exemple lorsque l’on observe qu’un individu occupe un emploi moins qualifié que celui de ses parents ou que celui correspondant à son diplôme. Le déclassement subjectif, quant à lui, renvoie au ressenti des individus, c’est-à-dire au sentiment de ne pas avoir réussi socialement, de « faire moins bien » que ses parents ou que ce que l’on espérait, même si la situation objective ne traduit pas toujours une baisse réelle de statut.

b. Les parcours de mobilité au-delà des tables


Les sociologues montrent que la réussite sociale ne dépend pas uniquement de l’école et du niveau de diplôme, même si ceux-ci jouent un rôle central dans l’accès aux positions sociales. Elle dépend également des configurations familiales, c’est-à-dire de la capacité des familles à mobiliser différentes ressources pour favoriser la réussite de leurs enfants. Ces ressources prennent la forme de capital économique (revenus, patrimoine, capacité à financer des études), de capital culturel (niveau de langage, rapport à l’école, familiarité avec les codes scolaires et culturels) et de capital social(réseaux de relations utiles pour accéder à des stages, des informations ou des opportunités professionnelles).

Par ailleurs, la mobilité sociale ne se réduit pas à la seule mobilité professionnelle. Elle se manifeste aussi dans les pratiques culturelles, les modes de consommation, les styles de vie, les manières de parler, de se comporter ou de se représenter le monde social. Ces transformations peuvent traduire des trajectoires de mobilité, même lorsque la profession occupée ne change pas fortement.

C’est pourquoi les enquêtes qualitatives (entretiens, observations, récits de vie) complètent utilement les tables statistiques. Elles permettent de saisir la dimension vécue et subjective des trajectoires sociales, les stratégies familiales, les choix individuels, ainsi que les obstacles rencontrés au cours des parcours.

Enfin, les mobilités spatiales constituent un autre indicateur des trajectoires sociales. Les déménagements, l’accès à la propriété, la périurbanisation ou au contraire la concentration dans certains quartiers traduisent souvent des évolutions de statut social et rendent visibles les processus de mobilité ou de déclassement dans l’espace.


Quels sont les fondements du commerce international et de l’internationalisation de la production ?



Introduction

Depuis plusieurs décennies, les échanges internationaux occupent une place centrale dans les débats économiques et politiques. Qu’il s’agisse des tensions commerciales entre grandes puissances, des projets d’infrastructures visant à faciliter les échanges ou encore des stratégies des grandes firmes multinationales, la mondialisation apparaît comme un phénomène à la fois incontournable et controversé. En effet, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le commerce international s’est fortement développé et a constitué un puissant moteur de la croissance économique mondiale, en mettant en relation des économies de plus en plus interdépendantes.

La mondialisation peut être définie comme un processus d’intégration croissante des économies nationales au sein d’un espace économique mondial, marqué par l’intensification des échanges de biens et de services, mais aussi de capitaux, de technologies et de savoir-faire. Cette ouverture internationale offre de nouvelles opportunités : elle permet aux entreprises d’accéder à des marchés plus vastes et aux consommateurs de bénéficier d’un plus grand choix de produits, souvent à des prix plus faibles. Toutefois, elle suscite également de nombreuses inquiétudes, notamment en raison de la concurrence accrue entre les entreprises et les travailleurs, de la montée de certaines inégalités ou encore du sentiment de perte de contrôle des États face aux grandes firmes multinationales.

Dès lors, une série de questions se pose : pour quelles raisons les pays échangent-ils entre eux ? Comment expliquer la spécialisation internationale des économies et le développement du commerce entre pays pourtant comparables ? Pourquoi les entreprises, au-delà de l’exportation, choisissent-elles de fragmenter et d’internationaliser leur production à l’échelle mondiale ? Enfin, quels sont les effets économiques et sociaux du commerce international, et comment comprendre le débat opposant libre-échange et protectionnisme ?

Pour répondre à ces interrogations, il convient d’analyser les fondements du commerce international et de l’internationalisation de la production, en s’appuyant à la fois sur les différences de dotations factorielles et technologiques entre pays, sur la productivité et la compétitivité des firmes, ainsi que sur les stratégies des entreprises multinationales dans un contexte de mondialisation croissante.


1.  Dotations factorielles et technologiques

Les échanges internationaux trouvent d’abord leur origine dans les différences objectives entre les pays. En effet, tous les pays ne disposent pas des mêmes dotations factorielles, c’est-à-dire des quantités et de la qualité des facteurs de production dont ils disposent :

·       le travail (abondance de la main-d’œuvre, niveau de qualification),

·       le capital (machines, infrastructures, technologies),

·       et plus largement les ressources naturelles et le niveau de maîtrise technologique.

Ces différences de dotations influencent la productivité des pays et leur capacité à produire certains biens plus efficacement que d’autres. C’est sur cette idée que reposent les premières théories du commerce international.

a.   Le modèle des avantages absolus (A.Smith)

 

Dans La Richesse des nations (1776), Adam Smith explique que les pays ont intérêt à se spécialiser dans les productions pour lesquelles ils sont les plus efficaces, c’est-à-dire celles qu’ils peuvent produire avec moins de travail ou à moindre coût que les autres pays. On parle alors d’avantage absolu.

Un pays possède un avantage absolu dans la production d’un bien lorsqu’il est capable de le produire plus efficacementque les autres pays, grâce à ses dotations factorielles ou technologiques. Par exemple, un pays disposant d’une main-d’œuvre abondante et peu coûteuse peut produire certains biens manufacturés à moindre coût, tandis qu’un pays riche en capital et en technologies avancées peut être plus productif dans des productions à forte valeur ajoutée.

Selon Adam Smith, chaque pays doit donc se spécialiser dans les productions pour lesquelles il détient un avantage absolu, puis échanger avec les autres pays. Cette spécialisation permet une augmentation de la production globale, une meilleure allocation des ressources et, in fine, des gains à l’échange pour l’ensemble des pays participants.

Ainsi, le commerce international repose sur une division internationale du travail fondée sur les différences de dotations factorielles et de productivité, et le libre-échange apparaît comme un moyen d’accroître la richesse des nations.

 

 

b.   Le modèle des avantages comparatifs (D.Ricardo)   

 

Si le modèle des avantages absolus d’Adam Smith permet de comprendre une partie des échanges internationaux, il présente toutefois une limite importante : que se passe-t-il lorsqu’un pays est plus productif que les autres dans toutes les productions ? Selon Smith, ce pays n’aurait alors aucun intérêt à commercer. C’est précisément à cette question que répond David Ricardo, au début du XIXᵉ siècle.

Dans sa théorie des avantages comparatifs, Ricardo montre que le commerce international peut être mutuellement bénéfique même lorsque l’un des pays est plus efficace dans toutes les productions. L’essentiel n’est donc pas d’être le meilleur de manière absolue, mais d’être relativement plus efficace dans une production que dans une autre.

Un pays dispose d’un avantage comparatif dans la production d’un bien lorsqu’il y renonce à moins de production alternative qu’un autre pays. Autrement dit, il se spécialise dans le bien pour lequel son coût d’opportunité est le plus faible. Cette logique repose toujours sur les différences de dotations factorielles et technologiques, qui influencent la productivité relative des pays.

Ainsi, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les productions pour lesquelles il est relativement le plus performant, puis à échanger avec les autres pays. Cette spécialisation permet d’augmenter la production totale à l’échelle mondiale et de générer des gains à l’échange pour l’ensemble des pays, y compris pour ceux qui semblaient initialement désavantagés.

Le modèle de Ricardo constitue donc un fondement essentiel du libre-échange, en montrant que la spécialisation internationale, fondée sur les avantages comparatifs, est source d’efficacité économique et de croissance. Toutefois, ce modèle repose sur des hypothèses simplificatrices (un seul facteur de production, absence de coûts de transport, mobilité parfaite des facteurs à l’intérieur des pays), qui seront progressivement enrichies par des théories ultérieures, notamment le modèle HOS.

 

 

c.   Le modèle HOS

Les modèles d’Adam Smith et de David Ricardo expliquent les échanges internationaux à partir des différences de productivité entre les pays, mais sans analyser précisément l’origine de ces différences. Le modèle HOS, développé au XXᵉ siècle par Eli Heckscher, Bertil Ohlin puis complété par Paul Samuelson, approfondit cette analyse en mettant au cœur du raisonnement les dotations factorielles.

Selon le modèle HOS, les pays se distinguent par la quantité relative des facteurs de production dont ils disposent :

·       le travail (plus ou moins abondant, plus ou moins qualifié),

·       le capital (machines, infrastructures, technologies).

De même, les biens nécessitent des combinaisons de facteurs différentes : certains sont intensifs en travail, d’autres intensifs en capital.

Le modèle HOS montre alors que chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production des biens utilisant intensivement le facteur de production dont il est relativement le mieux doté, et à importer les biens utilisant le facteur relativement rare sur son territoire. Ainsi, un pays abondant en capital se spécialisera dans les productions à forte intensité capitalistique, tandis qu’un pays abondant en travail se spécialisera dans les productions intensives en travail.

Cette spécialisation permet une meilleure allocation des ressources à l’échelle mondiale, une augmentation de la production globale et des gains à l’échange pour l’ensemble des pays. Le commerce international apparaît donc comme la conséquence directe des différences de dotations factorielles, et non uniquement des différences de productivité observées.

Toutefois, le modèle HOS repose sur plusieurs hypothèses simplificatrices (facteurs immobiles entre pays, technologies identiques, concurrence parfaite). De plus, s’il explique bien la spécialisation internationale, il permet aussi de comprendre que le commerce international peut avoir des effets distributifs à l’intérieur des pays, en favorisant le facteur abondant et en pénalisant le facteur rare, ce qui éclaire les débats contemporains sur les inégalités et le protectionnisme.

 Synthèse (Smith / Ricardo / HOS)

· Adam Smith (1776) – avantage absolu : un pays a intérêt à se spécialiser dans les biens qu’il produit plus efficacement (à moindre coût / avec moins de travail) grâce à ses dotations factorielles et technologiques, puis à échanger. Le libre-échange augmente la production globale et crée des gains à l’échange.

· David Ricardo (XIXᵉ) – avantage comparatif : même si un pays est meilleur dans tout, le commerce reste bénéfique. Chaque pays doit se spécialiser dans le bien où son coût d’opportunité est le plus faible (où il est relativement le plus efficace). Cela accroît la production mondiale et génère des gains pour tous.

· HOS (XXᵉ) – dotations factorielles : l’origine des échanges vient surtout des différences de dotations en facteurs (travail/capital). Chaque pays se spécialise dans les biens intensifs en facteur abondant (capital abondant → biens capitalistiques ; travail abondant → biens intensifs en travail). Le modèle éclaire aussi les effets distributifs du commerce à l’intérieur des pays (facteur abondant favorisé, facteur rare pénalisé).

2.  Commerce international entre pays comparables

 

Les théories traditionnelles du commerce international, fondées sur les différences de dotations factorielles et technologiques (Smith, Ricardo, HOS), expliquent surtout les échanges entre pays aux niveaux de développement très différents. Or, l’observation du commerce mondial montre qu’une part importante des échanges a lieu entre pays aux caractéristiques économiques proches, notamment entre les pays développés.

a.   Poids du commerce entre pays comparables dans le commerce international

Les échanges internationaux sont aujourd’hui largement dominés par les pays développés. Les échanges entre grandes zones économiques comme l’Union européenne, l’Amérique du Nord (ALENA) ou le Japon représentent une part très importante du commerce mondial. Ces pays disposent pourtant de dotations factorielles et technologiques similaires, ce qui remet en question les explications traditionnelles du commerce international.

Le document 1, qui présente la part du commerce intra-branche dans différentes zones régionales, montre que ce type d’échanges est particulièrement élevé au sein des grands ensembles économiques. En 2017, les échanges intra-branches représentent environ 57 % du commerce intra-zone de l’Union européenne et près de 49 % du commerce intra-zone de l’ALENA. Ces chiffres témoignent de l’importance croissante du commerce entre pays comparables.

 

 

 

 

 

b.   Les échanges intra-branches : le rôle de la différenciation et de la qualité des produits

Une part importante du commerce international entre pays comparables prend la forme de commerce intra-branche.
On parle de commerce intra-branche lorsque des pays exportent et importent simultanément des biens appartenant à la même branche d’activité. Par exemple, la France exporte des voitures vers l’Allemagne tout en important des voitures allemandes.

Ce type d’échanges ne peut pas être expliqué par les théories traditionnelles du commerce international fondées sur les différences de dotations factorielles. Pour comprendre ces échanges, il faut mobiliser les nouvelles théories du commerce international, développées notamment par l’économiste Paul Krugman au début des années 1980.

Ces théories reposent sur deux idées centrales :

  • les marchés sont en concurrence imparfaite ;
  • les biens sont différenciés et les firmes bénéficient de rendements croissants.

Pour échapper à une concurrence trop intense, les entreprises mettent en place des stratégies de différenciation afin de rendre leurs produits distincts de ceux de leurs concurrents (design, caractéristiques techniques, image de marque, etc.). Chaque firme dispose alors d’un pouvoir de marché limité, car ses produits restent substituables à ceux des concurrents. Cette situation correspond à une structure de marché appelée concurrence monopolistique.

On distingue deux grandes formes de différenciation des produits.

1. La différenciation horizontale

La différenciation horizontale concerne des produits de qualité comparable, mais présentant des caractéristiques différentes (forme, couleur, design, style, goût). Les consommateurs choisissent alors selon leurs préférences personnelles, à prix équivalent.

Par exemple, la Peugeot 308 et la Volkswagen Golf appartiennent au même segment de marché (gamme et prix proches), mais se distinguent par leur design, leur confort ou leur technologie. Ces différences expliquent l’existence d’échanges croisés de voitures entre la France et l’Allemagne.

Dans ce cas, les gains à l’échange proviennent essentiellement de l’augmentation de la variété des biens disponibles, ce qui accroît la satisfaction des consommateurs.

 

 

2. La différenciation verticale

La différenciation verticale concerne des produits similaires mais de qualité différente, et donc de prix différents. Lorsqu’ils sont proposés au même prix, les consommateurs préfèrent tous le produit de meilleure qualité.

Par exemple, un smartphone haut de gamme sera jugé supérieur à un smartphone d’entrée de gamme, ce qui justifie un prix plus élevé. Dans le commerce international, les pays peuvent ainsi se spécialiser non pas dans une branche, mais dans un niveau de gamme.

Ainsi, l’industrie automobile allemande est davantage spécialisée dans le haut de gamme, tandis que l’industrie française est plus présente sur le milieu et le bas de gamme. Ces spécialisations expliquent des flux croisés d’exportations et d’importations entre pays pourtant comparables.

 

 


 

c.   Échanges intra-branches : le rôle de la fragmentation des chaines de valeur

 

Le commerce intra-branche ne concerne pas uniquement les échanges de biens finaux (biens de consommation ou biens d’équipement). Il porte aussi de plus en plus sur les biens intermédiaires, c’est-à-dire des produits semi-finis, des pièces détachées ou des composants destinés à être transformés ou assemblés dans une autre étape du processus productif.

Cette évolution est étroitement liée à la fragmentation des chaînes de valeur. La chaîne de valeur correspond à l’ensemble des étapes nécessaires à la production d’un bien ou d’un service, depuis la conception jusqu’à la commercialisation. Aujourd’hui, ces différentes étapes sont de plus en plus dissociées et réparties entre plusieurs pays.

Les firmes découpent ainsi la production en une multitude de tâches (recherche-développement, fabrication de composants, assemblage, marketing, distribution) qu’elles localisent dans différents territoires afin de tirer parti des avantages comparatifs spécifiques de chaque pays : main-d’œuvre qualifiée, coûts plus faibles, savoir-faire technologique, infrastructures performantes, etc.

Cette organisation internationale de la production entraîne une hausse des échanges de biens intermédiaires entre pays comparables, ce qui explique la forte progression du commerce intra-branche. Le document 2 montre ainsi que la part du commerce intra-branche dans les échanges mondiaux de biens intermédiaires est passée d’environ 25 % à 45 % entre 1967 et 2016, illustrant l’essor de la fragmentation des chaînes de valeur.


L’exemple du programme spatial européen Ariane 6 permet d’illustrer concrètement ce phénomène. La production du lanceur mobilise environ 600 entreprises issues de plusieurs pays européens, chacune étant spécialisée dans une étape ou un composant précis. Les différents éléments du lanceur sont produits dans plusieurs pays avant d’être assemblés, ce qui génère d’importants échanges intra-branches de biens intermédiaires au sein de l’Europe.

 

 

 

 

 

Une part importante du commerce mondial a lieu entre pays économiquement proches, notamment au sein de grandes zones comme l’Union européenne ou l’ALENA. Ces échanges ne s’expliquent pas par les théories traditionnelles fondées sur les dotations factorielles.

Ils prennent surtout la forme de commerce intra-branche, c’est-à-dire des échanges croisés de biens similaires. Ils s’expliquent par la différenciation des produits (horizontale ou verticale), la concurrence imparfaite et les rendements croissants, ainsi que par la fragmentation des chaînes de valeur, qui multiplie les échanges de biens intermédiaires entre pays comparables.

3.  La compétitivité

a.   La compétitivité d’un pays

 

La compétitivité d’un pays désigne sa capacité à faire face à la concurrence internationale. Elle dépend avant tout des performances des entreprises implantées sur son territoire.

Il est toutefois difficile de la mesurer. La part de marché à l’exportation ou le solde commercial ne sont pas des indicateurs fiables à eux seuls : la baisse des parts de marché des pays développés s’explique en partie par la montée des pays émergents, et un déficit commercial peut résulter d’une forte consommation ou d’investissements élevés, sans traduire une perte de compétitivité.

C’est pourquoi les économistes Antoine Berthou et Matthieu Crozet proposent une définition simple : un pays est compétitif lorsqu’il est capable d’exporter. Autrement dit, un pays gagne en compétitivité lorsqu’il augmente ses exportations.

Pour exporter davantage, un pays peut :

·       conquérir de nouveaux marchés ;

·       vendre plus sur les marchés déjà existants.

La compétitivité d’un pays est donc directement liée à la productivité de ses entreprises, ce qui justifie l’analyse du rôle des firmes dans la compétitivité internationale.

 

 

b.   Productivité des firmes et compétitivité

i.              Des firmes productives ; préalable à la conquête de nouveaux marchés

 

 

Définition ; La productivité mesure l’efficacité de la production. Elle correspond à la quantité de richesse (valeur ajoutée) produite à partir d’une quantité donnée de facteurs de production, le plus souvent le travail.

On parle de productivité du travail lorsqu’on rapporte la valeur ajoutée au nombre de travailleurs ou d’heures travaillées.

Des gains de productivité signifient produire autant (ou plus) avec moins de facteurs, ce qui permet de réduire les coûts et d’améliorer la compétitivité.

Les entreprises d’un même pays ne présentent pas toutes les mêmes performances économiques. Elles se distinguent notamment par leur niveau de productivité, ce qui explique qu’elles n’aient pas toutes la même capacité à exporter. En réalité, la majorité des entreprises se limite au marché national. En France, seules 8,6 % des entreprises exportent, et ce sont principalement les entreprises de taille intermédiaire (ETI) et les grandes entreprises qui réalisent l’essentiel des exportations.

Ces entreprises exportatrices sont aussi les plus productives. À l’inverse, les microentreprises et les PME, moins productives en moyenne, éprouvent davantage de difficultés à s’engager à l’international. Cela s’explique par l’existence de coûts spécifiques liés à l’exportation, appelés coûts du commerce : frais de transport, formalités douanières, adaptation aux normes locales, prospection de nouveaux clients ou encore recrutement de personnel qualifié.

Selon le modèle de Marc Melitz, seules les entreprises suffisamment productives sont capables de supporter ces coûts tout en restant rentables. Les entreprises les moins productives renoncent donc à exporter et se concentrent sur le marché intérieur. Ainsi, la capacité d’un pays à conquérir de nouveaux marchés internationaux dépend largement de la présence sur son territoire d’un tissu de firmes très productives.

 

ii.            Améliorer la productivité ; condition sine qua non pour développer les marchés existants

 

L’aptitude d’un pays à exporter ne repose pas uniquement sur la conquête de nouveaux marchés. Elle dépend aussi de la capacité des entreprises à augmenter leurs ventes sur les marchés déjà existants. Cette progression peut s’expliquer soit par une baisse des prix, soit par une amélioration de la qualité des produits exportés. Dans les deux cas, la productivité des firmes joue un rôle central.

La productivité peut être définie comme la valeur ajoutée créée par un travailleur. Lorsqu’une entreprise réalise des gains de productivité, elle peut produire autant, voire davantage, avec une quantité moindre de facteurs de production. Ses coûts unitaires de production diminuent, ce qui renforce sa compétitivité-prix. L’entreprise est alors en mesure de proposer des prix plus bas et de gagner des parts de marché.

Cependant, la compétitivité d’un pays ne repose pas uniquement sur les prix. La compétitivité hors-prix correspond à la capacité à attirer la demande grâce à des produits de meilleure qualité : innovation, fiabilité, design, image de marque, contenu technologique ou services associés. Cette notion permet de comprendre pourquoi des pays comme la France ou l’Allemagne, malgré des coûts plus élevés que ceux des pays émergents, continuent à exporter avec succès.

Les investissements dans l’innovation, la recherche-développement, la formation ou la montée en gamme permettent d’augmenter la valeur ajoutée des produits et donc la productivité. Cette stratégie est essentielle pour les pays développés, car elle leur permet de résister à la concurrence des pays à bas coûts salariaux et de préserver leur modèle économique et social.

 

 

La compétitivité d’un pays désigne sa capacité à faire face à la concurrence internationale. Elle dépend avant tout des performances de ses entreprises. Les parts de marché ou le solde commercial ne sont pas des indicateurs suffisants ; c’est pourquoi la compétitivité est souvent définie comme la capacité à exporter.

La compétitivité repose largement sur la productivité des firmes, c’est-à-dire leur capacité à produire de la valeur ajoutée efficacement. Toutes les entreprises ne sont pas également productives : seules les plus performantes peuvent supporter les coûts liés à l’exportation (transport, normes, prospection). Ce sont donc les firmes les plus productives qui exportent et permettent à un pays de conquérir de nouveaux marchés.

Les gains de productivité permettent aussi de développer les marchés existants. En réduisant les coûts, ils renforcent la compétitivité-prix. Mais la compétitivité repose également sur la qualité des produits (innovation, image de marque, technologie), ce que l’on appelle la compétitivité hors-prix.
Pour les pays développés, l’amélioration durable de la compétitivité passe donc par l’innovation, la montée en gamme et l’investissement dans le capital humain.

4.  Internationalisation de la chaîne de valeur

a.    Qu’est-ce qu’une chaîne de valeur ?   


La production d’un bien ou d’un service ne se résume pas à sa seule fabrication. Elle implique la réalisation successive de plusieurs activités, depuis la conception du produit jusqu’à sa commercialisation et aux services associés.

L’ensemble de ces activités constitue ce que l’économiste Michael Porter appelle la chaîne de valeur. Chaque activité contribue à créer de la valeur tout au long du processus productif.

Michael Porter distingue deux grands types d’activités au sein de la chaîne de valeur :

·       les activités principales, qui correspondent directement à la création du produit, à sa mise sur le marché et aux services qui l’accompagnent ;

·       les activités de soutien, qui permettent aux activités principales de fonctionner efficacement. Il s’agit notamment de l’approvisionnement, de la recherche technologique, de la gestion des ressources humaines et des fonctions administratives (direction, finance, comptabilité, communication, contrôle de la qualité).

Toutes ces activités participent à la création de valeur, mais pas de la même manière. La façon dont une entreprise organise sa chaîne de valeur influence à la fois :

·       ses coûts de production,

·       la qualité et la singularité du produit,

·       et donc la marge qu’elle peut dégager.

Ainsi, l’organisation de la chaîne de valeur est au cœur de la compétitivité de l’entreprise : elle détermine son avantage concurrentiel, soit par des coûts plus faibles, soit par une meilleure différenciation du produit.


b.   Les modalités de l’internationalisation de la chaîne de valeur

Lorsque les différentes étapes de la production d’un bien sont réalisées dans plusieurs pays, on parle de chaîne de valeur mondiale. Depuis les années 1980, les entreprises organisent leur production à l’échelle mondiale afin de réduire leurs coûts et de profiter des avantages comparatifs de chaque pays.

Il existe deux grandes façons d’internationaliser la chaîne de valeur.

1. Les investissements directs à l’étranger (IDE)

Un IDE consiste pour une entreprise à s’implanter durablement à l’étranger, soit en créant une filiale, soit en rachetant une entreprise existante.
On distingue :

·       les IDE verticaux, quand une seule étape de la production est réalisée à l’étranger (ex. assemblage) ;

·       les IDE horizontaux, quand l’entreprise reproduit toute sa production à l’étranger pour se rapprocher des consommateurs.

Une entreprise présente dans plusieurs pays est une firme multinationale (FMN).

Par exemple, certaines entreprises localisent les activités les plus qualifiées (R&D, conception) dans les pays développés, et les tâches plus simples (assemblage) dans des pays où le coût du travail est plus faible.

2. L’externalisation internationale

Une entreprise peut aussi confier certaines tâches à des entreprises étrangères indépendantes, sans investir directement à l’étranger. C’est l’externalisation internationale (sous-traitance).

Dans ce cas, l’entreprise garde les activités à forte valeur ajoutée (design, marketing) et délègue la fabrication ou l’assemblage à l’étranger.

 

c.    L’iphone : une illustration de l’internationalisation de la chaîne de valeur

 

La production du smartphone Apple constitue un exemple emblématique de chaîne de valeur mondiale. L’iPhone est en effet le résultat d’un processus productif fragmenté et internationalisé, mobilisant des entreprises et des territoires répartis sur l’ensemble de la planète.

La conception de l’iPhone est réalisée aux États-Unis, à Cupertino, en Californie. Cette étape correspond à des activités à forte valeur ajoutée, nécessitant une main-d’œuvre très qualifiée, des capacités d’innovation élevées et une protection efficace de la propriété intellectuelle.

Les matières premières nécessaires à la fabrication du smartphone (métaux rares, minerais, etc.) proviennent de différents continents, notamment d’Amérique du Sud, d’Afrique, d’Asie et d’Océanie. Elles servent ensuite à produire les composants électroniques, qui sont fabriqués dans plusieurs pays selon leurs avantages comparatifs :

·       certains composants sont produits aux États-Unis,

·       d’autres en Europe (comme en Allemagne ou en Italie),

·       une grande partie en Asie de l’Est et du Sud-Est, régions spécialisées dans l’électronique.

L’assemblage final de l’iPhone est réalisé principalement en Chine, dans les usines de sous-traitants asiatiques tels que Foxconn, Pegatron ou Wistron. Cette étape, plus intensive en travail et moins qualifiée, est localisée dans un pays où les coûts de production sont relativement plus faibles.

Une fois assemblé, le produit final est exporté vers les marchés de consommation du monde entier et commercialisé par le réseau de distribution d’Apple.

 

La chaîne de valeur regroupe l’ensemble des activités nécessaires à la production d’un bien, de la conception à la commercialisation. Depuis les années 1980, les entreprises internationalisent leur chaîne de valeur en répartissant ces activités dans plusieurs pays afin de profiter des avantages comparatifs. Cette organisation prend la forme d’IDE ou d’externalisation. L’exemple de l’iPhone montre une production fragmentée à l’échelle mondiale, où chaque pays intervient selon ses spécialités.

 

5.  Les effets induits par le commerce international

a.    Commerce international et baisse du prix moyen des biens et services


 

 

Le développement du commerce international a pour effet majeur de réduire le prix moyen des biens et des services pour les consommateurs.

Plusieurs études empiriques confirment l’existence de ces gains en termes de pouvoir d’achat. Par exemple, une étude de la Banque de France estime que les importations de biens finaux en provenance de pays à bas salaires ont permis aux ménages français d’économiser en moyenne environ 1 000 euros par an sur leurs dépenses de consommation entre le milieu des années 1990 et 2014.

Cette baisse des prix s’explique par plusieurs mécanismes complémentaires.

 

 

 

b       . Le commerce international réduit les inégalités entre nations, mais accroît les inégalités à l’intérieur des nations

Pourquoi le commerce réduit les inégalités entre pays ?

Les pays pauvres peuvent se spécialiser dans ce qu’ils savent faire (textile, assemblage, agriculture…).
→ Ils exportent.
→ Ils attirent des investissements.
→ Leur croissance augmente.

Donc l’écart de richesse entre pays riches et pays pauvres peut diminuer.

Exemple : la Chine, le Vietnam, la Corée du Sud se sont enrichis grâce au commerce.

Mais pourquoi les inégalités augmentent à l’intérieur des pays ?

Parce que tout le monde ne gagne pas pareil dans chaque pays.

Dans un pays riche :

-       Les travailleurs qualifiés gagnent beaucoup.

-       Les ouvriers peu qualifiés subissent la concurrence étrangère.

Dans un pays pauvre :

-       Les travailleurs intégrés aux exportations gagnent plus.

-       Les zones rurales isolées restent pauvres.

Donc le pays dans son ensemble s’enrichit, mais les écarts à l’intérieur du pays augmentent.


 

 

 

C. Les termes du débat entre libre-échange et protectionnisme

Le libre-échange correspond à l’absence (ou à la réduction) d’entraves aux échanges internationaux. Il génère en moyenne des gains (baisse des prix, plus grand choix, gains de productivité),.

Le protectionnisme désigne l’ensemble des politiques visant à limiter les importations et/ou à favoriser la production nationale. Il peut être :

·       tarifaire : droits de douane ;

·       non tarifaire : quotas, normes techniques/sanitaires, règles de contenu local, restrictions volontaires, subventions, etc.

1. Les arguments en faveur du protectionnisme

Même si le libre-échange est globalement créateur de gains, certains arguments défendent un protectionnisme ciblé, temporaire ou stratégique.

a. L’union douanière

Une union douanière = libre circulation à l’intérieur + tarif extérieur commun vis-à-vis du reste du monde.

Une union douanière peut améliorer le bien-être si elle permet d’importer à moindre coût en remplaçant une production nationale chère. En revanche, elle est défavorable si elle conduit à remplacer des importations moins chères du reste du monde par des importations plus coûteuses venant des pays partenaires. Tout dépend donc de l’équilibre entre ces deux effets.

b. Le protectionnisme éducateur

Argument de l’industrie naissante : au départ, une nouvelle industrie a des coûts élevés ; si on la protège temporairement, elle peut atteindre une taille suffisante, apprendre, innover, réaliser des économies d’échelle/expérience, puis devenir compétitive.

c. Les politiques commerciales stratégiques

Dans certains secteurs oligopolistiques (quelques firmes, fortes barrières à l’entrée, rentes), l’État peut subventionner / soutenir une firme nationale pour qu’elle capte une plus grande part de la rente mondiale (logique type Airbus/Boeing).

2. Les critiques du protectionnisme

a. Le problème des représailles commerciales

Un protectionnisme “gagnant” pour un pays peut être perçu comme prédateur (il se fait au détriment des partenaires). Les autres pays peuvent répondre par des représailles → escalade → guerre commerciale.

Résultat fréquent :

·       baisse des débouchés,

·       hausse des coûts,

·       incertitude,

·       pertes de bien-être des deux côtés.

b. Un protectionnisme moins pertinent dans un monde de chaînes de valeur mondiales

Aujourd’hui, beaucoup de productions sont fragmentées : les entreprises importent des biens intermédiaires(composants) pour produire et exporter.

Donc, taxer les importations peut :

·       augmenter les coûts de production,

·       dégrader la compétitivité-prix,

·       réduire les exportations,

c. Les mesures protectionnistes réduisent le bien-être domestique

Dans la plupart des cas, le protectionnisme réduit le bien-être global du pays qui l’applique.

Exemple-type : le droit de douane

Un droit de douane augmente artificiellement le prix domestique du bien importé.

·       Côté offre : des producteurs nationaux, moins efficaces que les producteurs étrangers, redeviennent “compétitifs” grâce à la protection. On produit donc au mauvais endroit / au mauvais coût (inefficacité productive).

·       Côté demande : le prix plus élevé fait baisser la quantité consommée, donc une partie des consommateurs renonce (inefficacité allocative).

Au final :

·       les producteurs nationaux gagnent (ils vendent plus cher),

·       l’État peut gagner (recettes douanières),

·       mais les consommateurs perdent davantage que ce que gagnent producteurs + État → il reste une perte sèche(perte de bien-être total).

Même logique (souvent) pour les quotas (hausse des prix + rentes) et pour certaines subventions (coût budgétaire + distorsions).

 

Le commerce international permet en moyenne une baisse des prix et une hausse du pouvoir d’achat, grâce à la spécialisation, aux économies d’échelle, à l’importation de biens intermédiaires moins chers et à une concurrence accrue. Il favorise aussi la réduction des inégalités entre pays, en particulier grâce à la croissance des pays émergents intégrés au commerce mondial.

En revanche, la mondialisation contribue à une hausse des inégalités au sein des pays, notamment en raison de la fragmentation des chaînes de valeur, du progrès technique et de la concentration des activités dans les métropoles.

Ces effets contrastés alimentent le débat entre libre-échange et protectionnisme. Si certains arguments peuvent justifier un protectionnisme ciblé et temporaire, les mesures protectionnistes réduisent le plus souvent le bien-être global, provoquent des représailles commerciales et sont peu adaptées à un monde structuré par les chaînes de valeur mondiales.

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Synthèse générale

 

(I)

Adam Smith (1776) – avantage absolu : un pays a intérêt à se spécialiser dans les biens qu’il produit plus efficacement (à moindre coût / avec moins de travail) grâce à ses dotations factorielles et technologiques, puis à échanger. Le libre-échange augmente la production globale et crée des gains à l’échange.

David Ricardo (XIXᵉ) – avantage comparatif : même si un pays est meilleur dans tout, le commerce reste bénéfique. Chaque pays doit se spécialiser dans le bien où son coût d’opportunité est le plus faible (où il est relativement le plus efficace). Cela accroît la production mondiale et génère des gains pour tous.

HOS (XXᵉ) – dotations factorielles : l’origine des échanges vient surtout des différences de dotations en facteurs (travail/capital). Chaque pays se spécialise dans les biens intensifs en facteur abondant (capital abondant → biens capitalistiques ; travail abondant → biens intensifs en travail). Le modèle éclaire aussi les effets distributifs du commerce à l’intérieur des pays (facteur abondant favorisé, facteur rare pénalisé).

(II)

Une part importante du commerce mondial a lieu entre pays économiquement proches, notamment au sein de grandes zones comme l’Union européenne ou l’ALENA. Ces échanges ne s’expliquent pas par les théories traditionnelles fondées sur les dotations factorielles.

Ils prennent surtout la forme de commerce intra-branche, c’est-à-dire des échanges croisés de biens similaires. Ils s’expliquent par la différenciation des produits (horizontale ou verticale), la concurrence imparfaite et les rendements croissants, ainsi que par la fragmentation des chaînes de valeur, qui multiplie les échanges de biens intermédiaires entre pays comparables.

(III)

La compétitivité d’un pays désigne sa capacité à faire face à la concurrence internationale. Elle dépend avant tout des performances de ses entreprises. Les parts de marché ou le solde commercial ne sont pas des indicateurs suffisants ; c’est pourquoi la compétitivité est souvent définie comme la capacité à exporter.

La compétitivité repose largement sur la productivité des firmes, c’est-à-dire leur capacité à produire de la valeur ajoutée efficacement. Toutes les entreprises ne sont pas également productives : seules les plus performantes peuvent supporter les coûts liés à l’exportation (transport, normes, prospection). Ce sont donc les firmes les plus productives qui exportent et permettent à un pays de conquérir de nouveaux marchés.

Les gains de productivité permettent aussi de développer les marchés existants. En réduisant les coûts, ils renforcent la compétitivité-prix. Mais la compétitivité repose également sur la qualité des produits (innovation, image de marque, technologie), ce que l’on appelle la compétitivité hors-prix.
Pour les pays développés, l’amélioration durable de la compétitivité passe donc par l’innovation, la montée en gamme et l’investissement dans le capital humain.

 

(IV)

La chaîne de valeur regroupe l’ensemble des activités nécessaires à la production d’un bien, de la conception à la commercialisation. Depuis les années 1980, les entreprises internationalisent leur chaîne de valeur en répartissant ces activités dans plusieurs pays afin de profiter des avantages comparatifs. Cette organisation prend la forme d’IDE ou d’externalisation. L’exemple de l’iPhone montre une production fragmentée à l’échelle mondiale, où chaque pays intervient selon ses spécialités.

(V)

Le commerce international permet en moyenne une baisse des prix et une hausse du pouvoir d’achat, grâce à la spécialisation, aux économies d’échelle, à l’importation de biens intermédiaires moins chers et à une concurrence accrue. Il favorise aussi la réduction des inégalités entre pays, en particulier grâce à la croissance des pays émergents intégrés au commerce mondial.

En revanche, la mondialisation contribue à une hausse des inégalités au sein des pays, notamment en raison de la fragmentation des chaînes de valeur, du progrès technique et de la concentration des activités dans les métropoles.

Ces effets contrastés alimentent le débat entre libre-échange et protectionnisme. Si certains arguments peuvent justifier un protectionnisme ciblé et temporaire, les mesures protectionnistes réduisent le plus souvent le bien-être global, provoquent des représailles commerciales et sont peu adaptées à un monde structuré par les chaînes de valeur mondiales.